Une genre de nouvelle discrimination chromatique

A gen(de)re of new chromatic discrimination

R. J. Aeschlimann

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R. J. Aeschlimann, « Une genre de nouvelle discrimination chromatique », GLAD! [En ligne], 3 | 2017, mis en ligne le 10 décembre 2017, consulté le 21 janvier 2018. URL : http://www.revue-glad.org/842

Une mode comme celle des baskets rouges est un prétexte à distinguer les classes sociales. On pourrait continuer d'imaginer pour chaque groupe de femmes et d'hommes une couleur qui correspondrait au mieux à leurs aspirations et finirait par les décrire, au pied de la lettre. Pour démontrer que l'écriture inclusive devrait être aussi variée que les couleurs possibles de chaussures, ce récit distingue douze types de formulation non hétérosexiste adaptés sur mesure à autant de catégories d'individus.

A trend such as the red sneakers one is a pretext to distinguish between social classes. We could keep on imagining for every group of women and men a colour matching as much as possible what they aspire to be, and at the end, which could literally describe them. To prove that gender-neutral language [or inclusive writing] should be as multifarious as the possibilities of shoes' colour, this narrative distinguish between twelve types of non-heterosexist phrasing, made to measure to so many categories of persons.

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Note liminaire écrite du corps traductoral au lectorat
Ci-décrites les diverses gens colorés dont nous mentionnons ci-relaté les caractéristiques phénotypiques sont caractérisés par une multitude de variables structurelles, notamment au niveau de l’anatomie génitale externe, interne, la génétique sexuelle, l’endocrinologie reproductive, l’identité de genre intrapsychique, sociale, son expression permanente ou transitoire, ordinaire ou paroxystique…
Par souci de fluidité de lecture ainsi que pour des raisons évidentes de discrétion du genre, la forme féminine sera utilisée en principe et jusqu’au générique de fin pour la description des ¨gens en orange¨ et désignera également tout le continuum des genres grammaticaux.

Au commencement, ou pour être plus exact~, à la première occurrence,
Nike lança une nouvelle basket, totalement rouge de la cheville au pied.
La chaussure elle-même était toutàfaitement laide et convenait à l’idiotie
d’un prolétariat idoine, mais le géant de la pointure avait fait preuve
d’une virtuosité pénétrante en érigeant un slogan accrocheur :
« Tout ce qui est rouge est joli »
.
La semelle en soi humait la mycose plantaire avec sa matière plastique bon marché,
mais la démarche de la marque était telle que Nike s’en trouva plein aux as ;
l’entreprise avait derechef inondé le monde de sa révolution rouge.

Par une belle fin de semaine bâloise, tandis qu’on longeait le Rhin en soirée,
il n’y avait que cette nouvelle mode à observer : tou·te·s portaient le même rouge.
Rouge, il n’y avait que ce mot aux lèvres.
« Maman, Papa, j’aimerais les mêmes baskets rouges qu’elle / que lui. »
Elle ou lui, en l’occurrence, les portait de préférence avec des pantalons noirs,
troués aux genoux. Chacun_e se trouvait alors moderne|unique, original-e.
Grâce aux facilités de l’e_banking et au coût mod|ique de la paire de rouges,
les suiv:eur.euse-s n’étaient qu’à une paire de clics du reste des fanfaron,ne,s.
Tou[te]s les product<eur[s]|rice[s] de chaussures créèrent leur version,
mais quel(le) que soit la marque \ le logo, le rouge demeurait le même.
En effet, quelque plus orange ou quelque plus roses que les coloris variassent,
aucun+ n’avait plu±s envie de les porter.
Il n’était alors pas question de faire sa*son atypique.
Baskets basses, tennis hautes, souliers de vair luisants ou sandales imperméables,
tou:t;e,s se devai;en,t d’être de cette teinte de rouge banal¦e
pour plaire aux filles en leggins troués
Tally Weijl ou’et aux mecs en trainings adidas,
ces bas(se(s)) de l’échelle par la suite nommé(e±s) ¨gens en rose¨.

adidas, forte de s’avantage, fit sa maligne en créant la basket rouge à talon,
pour les filles travailleuses du bitume et autres bénévoles des rues.
Puma fit son félin et fut fol osant enfin un volte-face à faire rougir les
pepsi girls :
une basket rouge et bleu pour les prolo des deux sexes,
mais attention, pas n’importe comment, rouge à l’extérieur – pour ne pas
trop choquer – et bleu à l’intérieur, ce qui donnait au premier abord l’impression
que la superhéroïne qui les portait avait alterné deux paires, puisqu’on ne pouvait
apercevoir que la face externe (ou interne) du pied droit (ou l’inverse)
simultanément avec la face interne (resp. externe) du pied gauche (ou le pléonasme).
Cette version plus entreprenante, plus puissante, plus agressive fit fureur
auprès des
ironwomen, des spaïderouimines, des Musclaure et des fennes du FCB.
Bientôt toutes les agissantes du monde sportif et acteures de la construction
se mirent à préférer les chaussures rouge-bleu et bleu-rouge aux rouges seulement.
Les portières d’hôtel, les chauffeuses de bus, les peintresses en bâtiment,
les sumotori professionnelles, les femmes des casernes, les militères,
les pilotes de l’ère et toutes les uniformes orange fetishes,
ainsi que les pêcheresses et les thons, les entraîneuses de sirènes, les pompières,
les arbitrères de soccère, les handballeuses, les manouvrières,
les fabriquantes, les faisantes et autres artisanes manuelles.
Et pour les bayadères de sexe féminin, une version à ∫emelle compensée
fut produite comme alternative progressiste aux hauts talons.

Une erreur de fabricant – voire d’accord – produisit une mutation exceptionnelle.
Suite aux baskets rouge et bleu, il apparut soudain sur le marché des pieds
les baskets rouges et bleues. Cette fois-ci, ce n’était plus une illusion d’optique :
la gauche était totalement rouge et la droite totalement bleue.
Méfiant?, presque personne ne voulut acheter cette mésalliance.
Boxeur Des Rues® fut contrainte de doubler sa production
afin d’équiper chaque paire d’une gauche bleue ou d’une droite rouge.
Le fabricant essaya de refaire ses lettres de sang bleu
en vendant son surplus de baskets à moitié prix,
afin de faire oublier son nouveau sobriquet ignoble BoxeurE Des RuSes.
Rien n’y fit. Nulle n’acheta la chaussure mutante pour la porter à ses talons.
Les chevalières Jedi préféraient le bicolore tandis que
les fleurs de pavé restaient fidèles au rouge.

Pour que cette nouvelle création s’amorçât enfin, il fallut attendre
le nouveau glissement de la marque Freitag, qui confondit la moitié et le double.
Sa nouvelle sandale bleu bâche fut erronément commercialisée au double du prix.
Ironiquement, elle fit un malheur auprès de la classe petite-bourgeoise.
Les gens féminine et masculine avaient enfin trouvé chaussure à leur prix
et toutes les entreprises se mirent à commercialiser un produit synchrome.
La gent masculine en pantalons bleu de Gênes et veste bleu roi
et la gent féminine moins bleue quoiqu’y accordée
exhibaient leur conformité à la mode la plus pointue avec leur pointures bleues.
Rouge pour exprimer un tempérament sanguin, bleu pour paraître d’un meilleur cru.
Et puis bleu, c’était quand même plus viril, plus dominant.
Puisqu’une marque de sacs avait réussi à prendre pied dans la chaussure,
d’autres entreprenant
es entreprirent cette entreprise.
Fjällräven Kanken et Herschel y trouvèrent un nouveau fond de commerce.
Une étude en double
s aveugles démontra que les achetantes des baskets rouges et bleues n’étaient pas les femmes respectivement les hommes,
mais les ¨gens en rose¨ voire ¨orange¨ respectivement les ¨gens en bleu¨.
La couleur était le symbole du pouvoir d’achat et non celui de l’inégalité des sexes.
Ainsi, l’innovation dans la basket grise ne fut pas sa couleur, mais son prix :
une hipstérie aussi absurde que la mode des feu de plancher.

Les dessinateurices en art ou en bâtiment, les éternelles étudiantes,
les consommat
eurices et achetantes invérbrées – bref les ¨gens en gris¨ –
se ruèrent sur la chaussure haute en daim gris coûtant l’équivalent de quatre rouges.
Les hipster
es, demeurées les seules à croire que le coût équivalait la qualité.
I
Elles bramaient : « Vous imaginez ces hardes de daimnes teintes en gris… ».
Et les vend
eureuses de glouglouter : « C’est là_le dindonneau de la farce… »

Yves Saint Laurent, Gucci et d’autres noms de renom©mée
boutiquèrent alors des versions beiges, marron et écrues,
que l’on s’arracherait alors pour le prix de quatre à dix-neuf nonante-cinq rouges.
Les ¨gens en beige¨ (f/h) vouèrent un nouveau culte d’adoration au shopping,
comme ils avaient pu le faire auparavant aux décimales de Pi, à la Trinité
ou ne serait-ce qu’à Le Fils Unique (homme et femme).
« Aristocrates de tous les pays, la chaussure bise est dans le vent ! »,
disait la Parole d’En-Haut. Moult Ayanz et toult les Possédanz
avaient enfin trouvé la teinte de beige qui convenait parfaitement
à celle des manteaux et sacs à mains de lor épouz
hommes ou|et femmes
ou celle des carrosseries et sièges en cuir de lor épouz
 femme|homme .
Dans les échoppes, on s’encoublait désormais aux pierres d’achoppement,
si bien qu’il fallut ainsi prioriser : « Les enfants (
h/f) et les femmes d’abord ! »
Jamais jusqu’alors dans les hypothèses freudomarxistes les plus tirées par les lacets
la chaussure n’avait autant fait l’homme comme la pointure le revenu.
Ainsi, pour résumer (avant que cela ne se compliquât) :
Quiconque –♂♀– portait des chaussures glacé marron était une personne ¨en beige¨ ;
qui portait des chaussures grises était une personne ¨en gris¨ ;
quelconque portait des chaussures bleu Charron était une personne ¨en bleu¨ ;
quelleconque portait des chaussures bleuâtres était une personne ¨en bleu¨ ;
kixesoa*chickcesoir portait des chaussures rouges était une personne ¨en rose¨ ;
quinconce portait des chaussures
rouge\bleu était une personne ¨en orange¨.

Alors que tot l’élite de la cour < [ho|fe]mme > s’était envolée dans l’empyrée
rien qu’en chaussant lors élytres calcanéens d’Hermès,
la partie la plus éclatante et distinguée de la société n’avait pas encore
trouvé de quoi briller jusqu’à ce que Prada n’accouchât du talon aiguille doré
grâce à l’ingénuité de sages–femmes (hommes dans le sens générique) dépravé€s.
Les
gens en doré avaient alors euxlles aussi obtenu leur couleur
qui permettrait désormais aux pauvresses dans la rue de savoir
de quel feu d’artifice elles
ils se chauffaient.
*・゜゚・*:....:*(*A r t i s t e s*)’*:.. ..:*・゜゚・**:..,
merveilleuses (*^s t a r^)o*o(^s t a r l e t t e s ^*) vermeilles,
adeptes
du botox, siliconéssilliconnasses, bodybuildereuz,
roÿs-Soleilroïnes-Cryštal de bas talent,
les
adeptes de l’excèse outrepassèrent une fois de plus les limites
et ne se contentèrent pas seulement de leurs talons d’or
qui coûtaient alors entre quarante et carat-vingt mil fois les baskets rouges,
mais ils se mirent à  p o u s s e r 
l‘or consommation de dorure$ et de mercure¥
au point que Nous commissions pour eureux d’autres produits éclectiques :
plumeaux d’orfraies d’or feint, manteaux de léopard
d’or, argenterie dorée,
toisons d’or, cartes d’or, scarabées d’or, lions d’or, boîtes de pan d’or et berlingots.
La nouvelle tendance des objets (femmes également) dérivé(e)s en doré
se popularisa bientôt auprès des ¨gens en vert¨.
Les gens en vert, princesses-crapauds et princes-grenouilles, pullulent
dans toutes les classes sociales comme le hibou bouboule et la chouette chuinte.
Les hommes en vert et les femmes en vert ne sont pas du genre à être
des rats de bibliothèque respectivement des souris de bibliothèque.
Ce sont des êtres originaux et des faînes originelles
qui n’ont pas peur de se montrer vêtus et habillées de vert clair, moiré, fluo,
et se démarquent par leur dernier cri – ou hululement ultime.

Ces hurluberlus et ces hurluberlüs, les femmes en vert ou les hommes en vert,
étaient des m’as-tu-vu et des m’as-tu-vu belles et rebelles
et ils-ou-et-elles furent bientôt reconnaissables à leurs grolles vertes,
pistache ou vermillon, voire rose bonbons, incarnates, infrarouges parfois.
Nous-même, camouflé voire camouflée en vert et contre tous,
sous son arbre à palabre,
un auteur-compositeur-sécateur ou une auteure-compositrice-sécateuse
observait les passants, les passagères, les géants et les gérantes
faires les cent pas à toute pompe.
Et nous observait qu’il n’y avait pas que les chaussures, vertes ou pas,
qui faisaient les ¨gens en vert¨, mais aussi tous les attributs herméneutiques,
plumeaux, manteaux, léopardeaux, lionceaux, caducée vert
et tous les noms d’oiseau, d’oiselle, d’oisillon – voire d’oisillonne –
hirondelle/hirondelle/hirondeau, moineau/moinelle/moinet,
flamants verts et vertes flamboyants et flamboyan
ȶ.

Une étape fondamentale venait d’avoir eu lieu :
ce n’était plus la couleur de la chaussure qui permettait de savoir
si l’on s’adressait à une entraîneuse ¨en orange¨ ou une professionnelle ¨en doré¨,
mais tout
e une constellation d’accessoires bariolés et flambant neufs.
L’œil averti en valait deux : on pouvait désormais être ¨en bleu¨ sans être en bleu,
voire être une femme ¨en orange¨ sans être ni femme ni en rouge ni en bleu.
On reconnaissait alors l’¨h
foemme en gris¨
à sa casquette de trucke
ure et non de baseballeure, à son vélo à pignon fixe
ou à la couleur
es de sona absence de voiture ou de tracteurice.
En outre, même vêtuz d’un complet gris – cravatte nacarat,
alquanz ¨en beige¨
homme comme femme restait beigeable à sa couleur.
Les couleurs ontologiques s’exprimaient ainsi très distinctement,
sans avoir à se situer sur teu_telle longueur d’onde.

Pour les barmanids, bergeères, marcheurses, jardinieères, laitiuers et marin d’eau doulce,
bref les trekkeu
rses urbaines, festivalieères kifkif, civilistes, écoloie et jars\oies sauvages,
qu’on appelle ¨
ladies&gents en brun¨,
les marques
ad hoc proposèrent donc toutes sauf des chaussures brunes :
Parkas
geox terre de Sienne en Gore-Tex, vestes baies et fraise Mammut
et chaussures quand même mais châtain The North Face et fauves Jack Wolfskin.
En fin de compte, peu importe l’accessoire ou sa couleur,
on reconnaissait les hfoemme & fheomme ¨en brun¨ à l’expression commerciale
de leur orientation politique vert’libérale, voire verts pour les plus invariables.
C’était comme si l’idéologie s’alignait harmonieusement au choix des marques.

C’est alors que les Bobos à Paris, les BuBö à Vienne, les babas à Rome
et tou
tes les intellectuelles malàdroite, qui n’achètent qu’en seconde main
et n’avaient donc jusqu’à présent pas été distingué
es de la masse des ¨transparent¨
qui n’achètent non plus rien de nouveau ni de visible ni n’osent le porter,
furent alors en mesure d’exprimer leurs opinions sur les bel
les-lettres,
les loupvs et les renarts, en continuant simplement de boire du caviar
et de manger du Champagne en Cüpli.
IElles étaient enfin entrées dans la ronde,
et n’avaient pourtant ni chaussures neuves – si ce n’est de pures trouvailles –
ni vélo actuel – mais bicyclette pas moins rarissime pour autant.
À l’orée du socialisme ¨brun¨, les milices de l’asservissement civil,
voulant se démarquer dans l’objection de conscience antimode,
ne portèrent alors que les ™shirts du service et/ou de la protection civil
e.
Trop de marques, trop de libéralisme pour ces vibrantes, ces méditantes…
Vert’libéra
luxes et Vert’libéralseux de l’OuEst étaient appelées à se libérer vairment.
Ils
Elles scandaient ainsi : « Nous ne sommes pas des consommatnon!nonne! ! »

La censure et la prohibition devint vite le fond de commerce du temple anar.
Renées et renégates, apôtres et apostates disparurent vivantes
dans le sans-corps électoral réac’/révolu’/rebel’.
En imitant la FAQ originelle « acheter ou bien ne pas acheter ? »
avait été résolu le dilemme ontologique « être ou plutôt ne pas être ? ».

La sinistre convention des sans-culottes et des dextres gens de robe
initia donc l’étape cruciale : le noir dans l’âme et non dans l’épiphanie terrestre.
Le groupement négateur ¨en noir¨ n’a pas encore / plus de corps,
ni moins de sexe / genre / sexualité.
L’invariable (sans-)chair n’a pas non plus de noir pour (ça) vêtir ;
le noir n’est pas dans les fibres textiles, il est l’absence d’attention portée au look.

On se mit dès lors à confondre apparence et intentions.
Noir le personnel acoustique des salles de concert, noir le collectif de ramonage,
nègre l’internationale de la pègre en leurs unités membrues.
Comment distinguer le fil rouge du fil blanc dans tant de noir ?

Le premier incident en ce genre de discrimination eut lieu
lors d’un concert bourgeois de musique de chambre.
Alors que toz les musiciegnz, tout de noir vestuz, arboraient des racines colorées,
le service de tournage de page voulant s’éclipser discrètement
avait acheté pour l’occasion des Dr. Martens noir ¨noir¨.
Priz un instant dans un virage bancal, læ flûtiste partit en trille
et l’on aurait pu croire ce grincement prévu, si ce n’est orchestré,
d’autant plus que l’interprète portait des baskets bleu-rouge à la Batman ;
personne n’attendait vraiment d’ėl une exécution parfaite, ¨beige¨ ni ¨dorée¨.
Mais à cet instant, tout le public remarqua le regard traversier envers læ flûtiste
que lança spontanément le service ¨en noir¨ derrière la queue du piano.
La bécasse de flûtiste croula de honte à cause de cette couille,
si bien que l’on dût interrompre le concert en raison de cet évėnement.
Chascunz n’avaient qu’une monoscopie de l’incident :
si cest pauvre flûtiste avait raté son solo de façon si remarquée,
c’est parce que cėt salaud
ǝ, cėl espèce de groß salopǝ de service de chambre,
l’avait regard
é́ comme unǝ anarchiste // comme par anarchisme.

Ça descendit manifester dans les rues. Le terrorisme s’en prit à la Boîte Noire,
lançant des pavés contre des religieuses standards et d’autres têtes de Turques.

Alors, invisible mais rose, la Licorne égaya un peu cette ambiance trou noir
avec ses parades « Mariage pour [n|v]ous ! » anti-euphorie-nation/langue/religion.
La communauté était multicompositée de tout le spectre RVB de l’arc-en-ciel :
des femmes comme vous et (des hommes comme) moi, un Chaperon Rouge,
un Cendrillon et princesse{s} pour danser avec lui, des passivs et des activs,
six filles cis* et yn personne flipflop™, des romanescos quelque
homo erectus,
tous les varia d’un milieu ménopausé
BDSM enceint [F|H]S[F|H] diva barbu T*tWTF.

Cellese∫eux ¨en violet¨ maîtrisaient depuis bel lurette les épicénités homophones
de l’écriture non outante. Celleseßeux
dürfaient aussi abuser des formes passives
afin qu’il ne soit pas su la dysphorie sexe/genre/orientation de la compagne
avec laquelle on disait partir en vacances à la campagne « avec partenaire ».
Le kilt violet n’était le fantasque que des gens de robe
et alcunz ne put vendre nennil à l’inversion Queer.
Leur engagement pour une nouvelle astérixade les motivait désormais :
l’écriture non quantitative – contre/pour le pluri*el –
qui permettrait de sensibiliser la populace généralisée qu’il y a une différ
ance
entre un bel amour et des belles amours
et qu’il est singulexiste de toujours renforcer le cliché de la monogamie
en limitant le nombre de tantes que l’on peut monter au Jardin d’Éden.
Et de scander donc « Espace s pour [
n|v|t]ou[te|s] ! » avec typographie insécable,
pour dire que la question n’est pas de savoir si [les |l’]espace[s] est d’un genre binaire
mais de se demander si un nombre bigenre d’espaces permettrait la polyamorie.

Cet’ étape une tantinette théorique servit à rappeler à ces animalux heureuz et doulz
d’hétérosexistes conser
fvasteurs femme⁾₍homme ¨en bleuige¨
qu’il fallu
st parfois affronter la nuict intérieure au lieu de regarder par la fenestre
et accuser le
s vestements ¨en noir¨ d’abriter le Costé Obscur.
Les sept genres violette
LGBTIQA étaient là (et lè), parmis nous,
et ce n’était ni leurs Nike rouges, ni lor sac à main brun, ni leurs habit
es cool,
leurs parfum
es, shampooignes, savonnes qui leur donnaient un genre
(ni une nombre), mais uniquement leur quintessence de violette.
On était ¨violet¨ profondément, de l’intérieur,
et ce n’était pas le grand manteau noir qui faisait l’exhibitionniste.

On pouvait même être simultanément ¨en violet¨ et ¨en une autre couleur¨,
comme le démontrèrent les associations politiques vert’
pink cross et vert’los
menées par des divas ¨en brun¨, une Wurst et une cantatrice chauve.

Mais c’est surtout en appliquant cette observation à une sous-espèce
de baleines et de cougars,                                       de baleines et de cougars,
socialistes saumon fumé irlandais,  socialistes salmonelle fumée irlandaises,
que le grand public droite cervelas et cerveau droit réalisa que ces
petits bobos bénins                                          petites bobettes peu malignes
que l’on appela dès lors
les ¨gens en rouge¨                                                         les ¨gens en rouge¨
n’étaient ni brunes comme les bobos graves ni ne portaient des baskettes rouges.
Ces bonshommes de neige                                  Ces bonnes femmes de glace
aux grands airs bonhommes,
portaient certainement le rouge aussi bien que l’embonpoint
et jouissaient certainement d’autant d’extravagance que
Michael Jackson ou Madonna,                    Michaela Jacksdóttir ou Mondon,
mais n’étaient ¨en rouge¨ que dans la manière dont les autres
– Terre des hommes –                                                              – Gaïa des femelles –
parlaient d’eux.                                                                    parlaient d’elles.

Ils étaient camelots, préfets,                         Elles étaient sapeuses-pompières
prud’hommes, homo ludens.        chocolatières, clowns, chefs, homo demens.
Bourreaux des cœurs parfois.                        Bourrelles des cervelles souvent.
Bourrus aussi.                                                                    Bourriques *holà !

On pouvait être ¨en rouge¨ par obésité, maladresse, laideur ou extravagance,
comme on aurait pu pour cela être ¨en rose¨, ¨en beige¨, ¨en gris¨ resp. ¨en vert¨,
on portait parfois du rouge, même aux pieds, mais surtout partout ailleurs,
comme le Père Noël et ses                                   comme la Mère Noëlle et ses
déviations standards ou écarts-types, déviations standards ou écartent-filles,
mais on était avant tout un particulier ¨en rouge¨ de cas en cas,
par définition, par sémiologie typographique, sans autodétermination.
La Grande Famille ¨en violet¨ connaissait sa généalogie,
tandis que l’on pouvait porter en@sur soi les lettres écarlates et tou
tefois l’ignorer.

Le commerce de la chaussure et des produites dérivé€s n’y étaient pour plus rien=ne.
Tant*e s’était passé*e dans la sociétéE depuis qu’on avait commencé à repérer
plusieur
2,71828s analogies entre les couleurs et les personnes humaines.
On approchait alors de la déconstruction, de l’oubli, de la fuite.
Comment cella se produisie ? C’est pas sorcièr !
Les chômeureuses malheureuxeuses et les usagérées de droguées intraveineureuses
rouges comme des verres de bœufs, jaunes comme des jaunisses,
cirrhotées-osées, gris de cuites comme le vert ivre du cuivre,
infectées par des godasses qui se transmettent d’un candida à l’autrèque,
claudiquant entre une Converse à son pied gauche et une adidas maladroite,
les sidaliennes et les séropositivistes teulx qu’on les imaginères d’Épinales,
se mirent simplement à porter à leur–s tour–s les fameuxes soulières colorices.

Rappelées-vouses ;
les tennisses rouges étaient la marque des ¨gens en rose¨ ou moitié d’¨orange¨,
mais lorsque portéz par uns
e alcoelhotabagićque, l’hypothais(e) été-e fauxse ;
les dorures éclaoncles de
le|la Lune                                                                                 l• Soleil•le
auraient du
se leur couster un salère d’acteur…ine s’il|ex étaient ¨en dorö¨,
mais vue que le manteau_la mantelle en question°ne avèz éetée trouvė
dans un/e poubel/poubeau, cellela ne pouvaitte être qu’un humain ¨en jaune¨.

L’extrême décadence peut-elle encore porter un signifié
comme chaque semelle possède sa propre trace ?

Les ¨        en blanc¨ sont la dé-personnalisation même.
Les innocent
        que l’on retrouve perdu        dans les toilettes des        ,
n’ont pas encore de psychisme, pas encore de conscience ou peut-être déjà plus
.
        se contentent d’exister, mais portent cependant des chaussures
– parfois blanches, mais ce serait là un hasard trop pur –
des chaussures hautes en couleur certainement,
et des habits de hipster – rien de plus moche –
et pourtant, à Basel·le au bord de sa Rhin·e,
        restent ¨blanc¨ toutes les années.

« Tout ce qui est rouge est joli – Tout ce qui est nouveau est beau […] »,extrait de « La maladie de Chûchulainn »,  cité par Nicolas Bouvier en

« Tout ce qui est rouge est joli – Tout ce qui est nouveau est beau […] »,
extrait de « La maladie de Chûchulainn »,  cité par Nicolas Bouvier en exergue de son « Journal d’Aran »

R. J. Aeschlimann

R. J. Aeschlimann vit à Bâle, en Suisse alémanique. De langue maternelle française, ėl écrit des nouvelles et des romans depuis son enfance.
Ėl s'intéresse actuellement à la recherche d’une forme d’écriture rejoignant sa perception synesthésique colorée notamment des lettres, des chiffres et de la musique.

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