Antiféminisme sur papier glacé

La rhétorique réactionnaire des magazines féminins

Antifeminism on Glossy Paper. Reactionary Rhetoric in Women’s Magazines

Auréline Cardoso

Citer cet article

e-Référence

Auréline Cardoso, « Antiféminisme sur papier glacé », GLAD! [En ligne], 04 | 2018, mis en ligne le 01 juillet 2018, consulté le 18 juillet 2018. URL : https://www.revue-glad.org/1033

En 1991, l’économiste Albert O. Hirschman publiait Deux siècles de rhétorique réactionnaire (Hirschman 1991) dans lequel il analyse les réactions hostiles à la Révolution française, puis les discours s’opposant au suffrage universel au tournant du xxe siècle, et enfin les critiques plus contemporaines de l’État-providence. À partir de cette matrice intellectuelle et des recherches plus récentes sur les antiféminismes, cet article se propose d’analyser certains discours parus dans quatre magazines féminins (Femme Actuelle, Biba, Marie-Claire, Elle) entre mars 2012 et juin 2013. Il s’agira d’articuler les trois thèses mises à jour par Hirschman dans son ouvrage sur les rhétoriques réactionnaires, à quelques thèmes traités par la presse féminine. Ainsi nous verrons dans un premier temps comment la thèse de l’inanité traverse les discours sur l’impossible égalité dans le couple hétérosexuel ; ensuite, nous montrerons comment la thèse de l’effet pervers est au cœur de l’argumentation sur l’indépendance féminine qui se serait retournée contre les femmes. Enfin, la thèse de la mise en péril constitue un outil fécond pour traiter les articles se penchant sur la situation des hommes, présentés comme perdants en tout point des recompositions des rapports sociaux de sexe.

With his book The Rhetoric of Reaction: Perversity, Futility, Jeopardy published in 1991, economist Albert O. Hirschman offered an analysis of different rhetorics against social changes (French revolution, universal suffrage and welfare state). His frame of analysis and the three thesis (perversity, futility, jeopardy) he uncovered in reactionary speeches have often been used in researches about antifeminist rhetoric. This article intends to show how one can find that type of rhetoric in women’s magazines. The futility thesis is used in articles explaining why gender equality seems to be out of reach within heterosexual couples; the perversity thesis shapes an antifeminist rhetoric about how women’s self-reliance would, after all, harm women. The articles dealing with men convey many masculinist ideas, using the jeopardy thesis to speak in favour of a “masculinity crisis”.

Des journaux issus des mouvements suffragistes à ceux dédiés à l’accomplissement du rôle de « fée du logis », un certain nombre de publications rédigées par et pour les femmes1 constituent le vaste domaine de la presse dite féminine (Sullerot 1996). Catégorie commerciale plutôt que sociologique, la presse féminine agrège un champ plus ou moins ample de titres selon la définition adoptée (Darras 2004). La presse féminine est ici entendue comme un ensemble de magazines visant explicitement un lectorat féminin (Blandin et Eck 2010), et dont les contenus contribuent à (re)définir les attentes et préoccupations des femmes, tout en prétendant y apporter des réponses (Giet 2005). S’arrogeant un rôle de compagnon, de guide (Bonvoisin et Maignien 1996), les magazines féminins peuvent être considérés comme de véritables « technologies du genre »2 (de Lauretis 2007), en ce qu’ils produisent un « sujet femme » doté de caractéristiques et de pensées spécifiques (Ghigi 2004). Dès les années soixante-dix, des ouvrages à charge dénoncent le caractère aliénant de la presse féminine (Dardigna 1978), travail qui se poursuit aujourd’hui notamment au travers d’études journalistiques (Chollet 2012)3 ou d’articles militants de critique des médias4.

Cet article5 se propose d’analyser les rhétoriques antiféministes sous-jacentes à certains articles issus de quatre titres de presse féminine (Marie-Claire, Biba, Elle et Femme Actuelle) publiés entre mars 2012 et juin 2013. Ces quatre titres ont été choisis pour leur caractère généraliste : ils proposent des articles sur des sujets de société autant que sur le couple, l’éducation des enfants, la vie quotidienne, contrairement à d’autres publications qui traitent de thèmes spécifiques comme la décoration, le corps et la beauté. La taille des articles proposés (au moins une page) permet également une certaine analyse de contenu. Marie-Claire, Elle et Biba se situent dans la tranche « haut de gamme » de la presse féminine de par le contenu et le public visé, quand Femme Actuelle s’adresse à un public plutôt composé de femmes issues des professions intermédiaires (Darras 2004).

Titre

Marie-Claire

Biba

Elle

Femme Actuelle

Parution

Mensuel

Mensuel

Hebdomadaire

Hebdomadaire

Coût

2,20

1,90

2,20

2,00

Public cible

Femmes trentenaires et plus, actives, mères, professions libérales, intellectuelles et supérieures

Femmes entre vingt et trente ans, actives, avec ou sans enfants, professions intermédiaires et intellectuelles et supérieures

Femmes trentenaires et plus, actives, mères, professions libérales, intellectuelles et supérieures

Femmes trentenaires et plus, avec des enfants, plutôt en couple, professions intermédiaires.

Contenu (thèmes récurrents)

Culture, information « au féminin »6, couple, sexualité, mode, beauté, santé, décoration, voyage

Culture, couple, psychologie, sexualité, mode, beauté, santé, vie quotidienne, voyage

Culture, information « au féminin » et « people », mode, beauté, santé, sexualité, couple

Bien-être, conseils pratiques, décoration, famille, psychologie

Diffusion7

397 431

317 938

351 121

645 183

Les articles ont été d’abord analysés individuellement, reprenant l’étude verticale (Bertaux 1997 ; Bourdieu 1993), avant d’être mis en relation les uns avec les autres. Pour chaque article, au-delà du contenu, l’analyse porte sur le champ lexical, le ton employé par les journalistes (alarmant, humoristique, normatif, impératif…), ainsi que sur les images notamment lorsqu’elles viennent renforcer le propos de l’article. Il s’agit également de mettre en regard certains argumentaires, discours et statistiques proposés dans ces articles avec la littérature, notamment sociologique, sur le sujet. Cette démarche semble nécessaire, notamment parce que certains articles de presse féminine présentent des épiphénomènes ne concernant qu’une minorité de personnes, comme par exemple le célibat masculin, comme des faits sociaux massifs. Cela implique notamment de rechercher des données objectives (statistiques, études empiriques) sur les sujets traités par la presse féminine, ainsi que d’identifier les expertes et experts convoqué-e-s par les articles pour donner une caution de sérieux aux propos énoncés8. Enfin, il est question de repérer dans ces articles certaines techniques argumentatives caractéristiques des rhétoriques antiféministes.

L’article s’articule autour des trois thèses identifiées par Albert O. Hirschman dans son analyse des rhétoriques réactionnaires : la thèse de l’inanité, la thèse de l’effet pervers et celle de la mise en péril (Hirschman 1991). En effet, analysant les discours hostiles à la Révolution française à la fin du xviiie siècle, ceux s’opposant au suffrage universel à la fin du xixe siècle et enfin les discours contre l’État-providence dans les années soixante-dix, Hirschman montre comment à ces trois époques, les argumentaires mobilisent de façon récurrente des registres argumentatifs similaires. La thèse de l’inanité postule que toute transformation de l’ordre social est vaine, tant les structures sociales sont contraignantes ; la thèse de l’effet pervers critique les moyens mis en œuvre pour changer les choses, arguant qu’ils risquent d’aboutir à une aggravation de la situation voire à un résultat contraire à celui escompté. La thèse de la mise en péril enfin, met en garde contre le risque que les changements sociaux ne viennent bouleverser des droits, avantages ou privilèges précédemment acquis. La force de ces trois thèses est qu’elles permettent de s’attaquer aux changements sociaux, sans en contester les principes directement ; à l’heure où l’égalité femmes-hommes est érigée en norme dans différentes sphères sociales (le travail, la politique, le couple, la famille…), le recours à ces stratégies permet de se distinguer des discours antiféministes plus explicites et moins tolérés socialement. Un certain nombre d’analyses des discours antiféministes reprennent par ailleurs les travaux d’Hirschman (Dupuis-Déri & Lamoureux 2015) et montrent comment ces trois thèses sont identifiables dans ces discours, qu’il s’agisse de s’opposer, par exemple, au suffrage féminin (Harden Chenut 2012) ou à la « théorie du genre » (Carnac 2014).

Il s’agira ainsi, dans cet article, de voir comment ces trois stratégies argumentatives se déploient dans les magazines féminins. Nous verrons d’abord que l’on retrouve la thèse de l’inanité dans les discours sur le caractère indépassable des différences de sexe ; ensuite, nous nous intéresserons à la thèse de l’effet pervers, qui imprègne les articles sur les relations amoureuses, insinuant que les femmes paieraient de la solitude leur indépendance. Enfin, la thèse de la mise en péril se retrouve lorsque les magazines féminins se penchent sur la situation des hommes et reprennent la rhétorique masculiniste de la « crise de la masculinité ».

La rhétorique est généralement définie comme l’art de convaincre et de persuader au moyen de techniques du discours. C’est également une science, en ce qu’elle consiste en la connaissance des propriétés du discours et la capacité à formuler « de beaux discours », au service du discours en lui-même (Ducrot et Todorov 1972). Ainsi, si la majeure partie de l’analyse porte sur le fond des argumentaires, nous chercherons à identifier quelques-unes des techniques formelles utilisées, en termes de langage mais également au travers des images illustrant les articles.

Un couple hétérosexuel forcément inégalitaire

Le sujet du couple hétérosexuel9 est omniprésent dans les magazines étudiés, et se décline à travers de multiples papiers incitant les lectrices à prendre soin de leur couple hétérosexuel, à le faire tenir malgré les difficultés. C’est dans deux articles traitant des épreuves quotidiennes traversées par les couples que l’on retrouve la thèse de l’inanité : en mettant en exergue l’incommensurabilité des différences entre femmes et hommes, ces articles concluent que tenter de faire évoluer son conjoint, et viser une répartition plus égalitaire du travail ménager10 est vain, voire dangereux.

D’indépassables différences

Dans les quatre magazines étudiés, hommes et femmes sont presque toujours présenté-e-s comme incommensurablement différents, en termes de gouts et de capacités biologiques, et également et peut-être surtout sur le plan psychologique11. Ces différences pouvant rendre impossible la vie en couple, les magazines féminins s’emploient à soutenir leurs lectrices dans la cohabitation avec l’homme, cet « autre » aux mœurs étranges. Biba propose par exemple tous les mois une rubrique intitulée « nos hommes : le plein d’infos pour mieux les comprendre (et les aimer !) ». L’usage du pronom possessif nos révèle l’hétéronormativité du discours, incluant les lectrices comme les journalistes du magazine dans une même communauté de femmes hétérosexuelles. Donner à voir les liens entre journaliste et lectrice permet de légitimer le rôle de « guide » du magazine, et participe à rendre les lectrices d’autant plus disposées à suivre les conseils qui y sont dispensés (Bonvoisin et Maignien 1996).

La mise en page vient renforcer les discours, comme lorsque Femme Actuelle oppose les témoignages des femmes et des hommes dans sa rubrique « psycho », séparant la page en deux, une partie sur fond bleu étant réservée aux témoignages des hommes et l’autre, sur fond rose, à ceux des femmes. Les photos illustrant les articles mettent également en scène des formes de féminité hyperboliques et de masculinité hégémonique (Connell 2014 ; Demetriou 2015), avec des femmes aux coiffures et tenues sophistiquées, maquillées, épilées, et des hommes plutôt musclés, aux cheveux courts, s’adonnant à des pratiques assignées aux hommes (sports collectifs, bricolage...).

Image 10000000000002D300000352DD34122B.png

Biba, nº 724, novembre 2012, page 126, article « Pourquoi ils aiment les femmes qui réussissent »

Image 10000000000003910000031D4869D0BF.png

Elle, nº 3490, 16 novembre 2012, page 195, article « Je gagne plus que lui, et alors ? »

Les femmes représentées dans les illustrations présentent donc un certain nombre d’attributs de la féminité conventionnelle (bijoux, maquillage, cheveux longs, habillement).

En raison de ces différences pensées comme incommensurables, la cohabitation hommes/femmes devrait nécessiter un certain nombre d’ajustements, et il semble, à lire la presse féminine, que ce soit bien aux femmes de s’adapter aux hommes, et non l’inverse12. Cela signifie notamment renoncer à l’idée d’un égal investissement des hommes dans le travail ménager, puisque ceux-ci ne seraient pas dotés des capacités nécessaires pour arriver au niveau des femmes :

Accepter qu’il fasse le ménage « à sa façon »
Comment ça, « à sa façon » ? Qu’il frotte le sol avec le nez ? Ou lave les carreaux à l’Harpic Power Plus ? Mais non. Ça veut juste dire qu’on baisse notre exigence d’un cran. Il faut s’y résigner, Max ne fera pas le ménage comme nous, mais c’est déjà ça : selon l’INSEE (en 2010), les hommes passent 2 h 24 par jour aux tâches domestiques, contre 3 h 52 pour les femmes...
« 20 idées pour mettre plus d’amour dans sa vie », Biba, Juin 2013, n° 400, p. 86

Là encore, la journaliste joue de la proximité avec les lectrices (« Max ne fera pas le ménage comme nous ») ; le ton humoristique, l’exagération quant aux techniques supposément masculines de ménage (« qu’il frotte le sol avec le nez »), évoque presque une conversation amicale à laquelle journaliste et lectrice prendraient part. Cela vient servir le propos différentialiste : toutes les femmes, journalistes de Biba comprises, rencontrent le même problème avec leurs conjoints dans la répartition des tâches ménagères. Face à ce problème, présenté comme indépassable et universellement rencontré par une « communauté » de femmes hétérosexuelles créée artificiellement par la journaliste, l’attitude la plus « raisonnable » serait donc de « se résigner » à la moindre participation des hommes, présentée implicitement comme suffisante (« c’est déjà ça »).

Le moindre temps que les hommes consacrent au travail ménager n’étant pas problématisé ni expliqué notamment par la socialisation masculine qui n’entraine pas les hommes (contrairement aux femmes) à prendre part aux tâches ménagères, l’inégale répartition du travail ménager est renvoyée à une évidence « naturelle ». Cette naturalisation de l’inaptitude masculine à accomplir les tâches domestiques laisse dans l’ombre la question de la socialisation sexuée, qui prépare dès le plus jeune âge les filles à entretenir un foyer et à développer un gout pour la propreté (Gianini Belotti 1976).

De même, Biba conseille à ses lectrices de se montrer encourageantes lorsque leurs conjoints font des efforts, et de valoriser leur participation au travail ménager et parental :

Quand on rentre, on se fend d’un « c’était cool ? » plutôt que de lui demander s’il a pensé à brosser les dents de la marmaille. Un homme préfère que sa papaïsation soit un jeu, plutôt qu’un devoir […]. On dit bravo quand il pense à programmer le lave-linge. S’il passe mal la cire d’abeille, on ne le sermonne pas.
« 20 idées pour mettre plus d’amour dans sa vie », Biba, Juin 2013, n° 400, p. 86

Les lectrices doivent donc ruser pour que leur conjoint accepte d’endosser une partie du travail ménager, et elles sont incitées à ne pas se montrer trop exigeantes, mais plutôt à exprimer leur gratitude. L’utilisation du pronom on, par ailleurs assez courant chez Biba, accentue le caractère injonctif du propos, tout en laissant entendre que la journaliste du magazine agirait de même avec son conjoint. Il semble que ce procédé rhétorique ne soit pas spécifique à ce magazine, puisqu’Anne-Marie Dardigna soulignait déjà la tendance récurrente à mobiliser ce pronom dans la presse féminine, dès les années 1970 (Dardigna 1978).

On peut ajouter qu’en plus de prendre en charge l’organisation du travail ménager, les lectrices sont invitées à se soucier du bien-être émotionnel de leur conjoint (« un homme préfère que sa papaïsation soit un jeu ») : c’est une double charge mentale qui leur incombe. Comme le soulignent les travaux sur le care, l’assignation des femmes à prendre soin des autres reste perçue comme une évidence, leurs compétences en la matière étant ainsi naturalisées (Molinier et al. 2009 ; Tronto 2008).

Chassez le naturel..

Aux lectrices qui seraient tentées de remettre en cause ce partage inégal des tâches, un article de Femme Actuelle vient rappeler que l’on ne trouble pas l’ordre sexuel, érigé au rang d’ordre naturel, sans conséquence.

Vous lui réclamez à cor et à cri de passer la serpillière ou de se coller au repassage. Mais quand il le fait, un certain malaise s’empare de vous. « Pour certaines femmes, un homme plongé dans des tâches réputées féminines perd de sa puissance sexuelle : elles peuvent oublier tout désir pour lui. Et cela arrive même à la féministe la plus convaincue ! Pour la simple raison que le désir pour l’autre sexe ne se construit pas intellectuellement, mais sur des schémas parfois très archaïques » remarque Catherine Serrurier.
« Partage des tâches : c’est bien de tout calculer ? », Femme Actuelle, 16 Décembre 2012, n°1472, p. 55

L’intervention de l’experte Catherine Serrurier (présentée comme psycho-sexologue, donc spécialiste des rouages du désir sexuel), renforce et légitime le propos naturalisant de l’article, qui s’inscrit lui-même dans un certain discours de sens commun véhiculé par d’autres médias (Jonas 2011).

Toujours dans cet article, on peut lire qu’un homme qui refuse d’effectuer certains travaux domestiques est avant tout un homme « peu sûr de sa virilité ». Cette crainte que les hommes perdent leur « puissance sexuelle » (ou, autrement dit, leur virilité), en effectuant des tâches habituellement assignées aux femmes, renvoie aux travaux anthropologiques qui établissent que c’est bien la division sexuelle du travail qui fait le genre (Tabet 1998 ; Guillaumin 1992). Il s’agit, par cette répartition, de lutter contre le « tabou de la similitude » :

La division du travail selon le sexe peut donc être vue comme un « tabou » : un tabou contre la similitude des hommes et des femmes, un tabou divisant les sexes en deux catégories mutuellement exclusives, un tabou qui exacerbe les différences biologiques entre les sexes et, par-là, crée le genre. La division du travail peut aussi être vue comme un tabou contre les arrangements sexuels autres que ceux comportant au moins un homme et une femme, prescrivant de ce fait le mariage hétérosexuel. (Rubin 1998)

L’argument de l’indépassable nature permet donc de valoriser le maintien du statu quo, et d’inciter les lectrices à abandonner toute velléité de subversion des rôles féminins et masculins et de remise en cause de la division sexuelle du travail, enjeu matériel et fondamental des rapports sociaux de sexe (Kergoat 2000). Voici comment Catherine Serrurier promeut, dans ce même article, le statu quo pour préserver l’équilibre du couple :

Et si la solution passait par la recherche de complémentarité plutôt que celle de la parité absolue ? « En laissant faire à chacun ce qu’il déteste le moins à la maison, sans tenir compte du temps précis que cela prend à chacun, on ménage le sentiment amoureux. On est dans l’écoute de l’autre et de ses désirs, dans la prise en considération de ses goûts, de ses détestations et de ses limites. C’est mieux que la revendication hargneuse, l’agressivité et les reproches infantilisants parce que l’autre n’a pas obéi ! » estime Catherine Serrurier […]. Il n’y a pas de honte à opter pour un partage traditionnel des tâches, à l’ancienne : à la femme le ménage, à l’homme le bricolage ».
« Partage des tâches : c’est bien de tout calculer ? » Femme Actuelle, Décembre 2012, n° 1472, p. 54-55

Le modèle « traditionnel » de partage des tâches (« à la femme le ménage, à l’homme le bricolage ») est opposé à un idéal de « parité absolue »13, ce dernier ouvrant la brèche aux conflits (« revendication hargneuse », « agressivité », « reproches infantilisants »), alors que le partage « à l’ancienne » est lui associé à l’harmonie conjugale (« écoute de l’autre », « prise en compte de ses goûts, de ses détestations et de ses limites »). Comment mieux convaincre de l’inanité du combat pour le partage égalitaire des tâches ménagères qu’en brandissant l’épouvantail du divorce ? Cet article de Femme Actuelle évoque par ailleurs une étude norvégienne qui révèle que les ménages où les tâches sont partagées le plus équitablement sont aussi ceux où l’on divorce le plus, ce qui permet au magazine d’affirmer que le partage des tâches serait « une cause de séparation »14. Le message est donc clair : mieux vaut passer l’éponge derrière son conjoint plutôt que d’entrer dans de vaines négociations susceptibles de nuire à l’équilibre conjugal.

Ces deux articles évoquant le partage du travail ménager donnent à voir comment la thèse de l’inanité est mobilisée pour enjoindre les lectrices à renoncer à combattre la « naturelle » division sexuelle du travail, aussi inégalitaire soit-elle. Non seulement il serait vain de vouloir partager équitablement ce travail ménager, mais en plus cela serait un danger pour le couple.

La thèse de l’inanité est mobilisée de deux manières différentes : tout d’abord, en présentant constamment les hommes et les femmes comme infiniment différents, les magazines féminins tendent à valoriser la complémentarité, qui apparait comme plus raisonnable qu’une recherche d’égalité, puisqu’elle s’inscrit dans le respect de différences présentées comme naturelles. Ensuite, l’exemple du travail ménager vient renforcer l’idée selon laquelle la division sexuelle du travail, et notamment du travail reproductif, découlerait d’aptitudes naturelles différenciées et non de rapports de pouvoir structurants (Tabet 1998). Inciter son conjoint à prendre une part égale à ce travail serait alors perdu d’avance, les hommes étant présentés comme naturellement incapables de faire aussi bien que les femmes dans ce domaine. Contre l’apparente symétrie de ce partage « traditionnel » des tâches, les recherches empiriques et statistiques viennent rappeler qu’au-delà du fait que les femmes consacrent plus de temps au travail ménager, les tâches assignées aux hommes comme le bricolage ou le jardinage procurent une certaine satisfaction, ce qui n’est pas le cas des tâches très féminisées comme l’entretien du linge (Brousse 2015). De plus, ces derniers travaux se répètent quotidiennement, impliquent une gestion du temps et une charge mentale (Haicault 2005) incomparable avec un travail de bricolage, qui peut certes être chronophage le temps d’un week-end, mais n’oblige pas à articuler quotidiennement les contraintes professionnelles et domestiques. Si, dans une perspective matérialiste, on considère que le travail est bien au cœur de la (re)production des rapports sociaux de sexe (Kergoat 2000), on peut raisonnablement soutenir que ces articles participent à maintenir un ordre de genre inégalitaire.

Des femmes indépendantes qui effraient les hommes

Deux des articles étudiés font référence implicitement à la thèse de l’effet pervers : idée selon laquelle les avancées sociales permises par les luttes féministes se retourneraient contre les femmes. Les articles traitant du célibat féminin ou des difficultés à séduire les hommes (ou plutôt à être séduites par eux) illustrent particulièrement bien ce phénomène.

L’épouvantail de la célibataire repentie

Un article de Marie-Claire consacré aux femmes célibataires « de longue durée », est l’occasion de mettre en scène la figure repoussoir de la célibataire repentie. Bien qu’il date de 2012, on retrouve des constats très similaires à ce que relève près de vingt ans plus tôt Érika Flahault dans son ouvrage sur les femmes vivant seules, dans lequel elle montre comment la presse généraliste comme féminine présente le célibat féminin comme un triste sort (Flahault 2009)15. Dans cet article où cinq femmes célibataires témoignent, le vocabulaire utilisé pour faire référence à leur situation évoque une situation plus subie que choisie : une femme parle de son célibat comme d’une « prison solitaire » et l’article évoque des femmes se retrouvant dans un « désert amoureux »16. Les photos illustrant le papier renforcent ce propos.

Image 10000000000004B20000034274980C29.png

Image 1000000000000355000002D938802E55.png

« Tout pour plaire… et toujours célibataire », Marie-Claire, mars 2012, nº 716.

L’image du haut met en scène une femme pourvue de certains attributs de réussite économique (bijoux, vêtements de luxe, bouteille de champagne, table dans un restaurant haut de gamme, etc.). Il semble qu’elle paie sa situation économique enviable par le célibat, puisqu’elle est au restaurant avec son chien, qui se substitue au conjoint que l’on imagine qu’elle n’a pas su garder ou rencontrer. L’image du bas met en scène la solitude supposée des femmes célibataires dans la vie quotidienne, avec une femme qui va seule au café. Ce qui pourrait dans un autre contexte revêtir une dimension positive (la possibilité pour une femme d’être seule dans l’espace public), vient ici plutôt renforcer les propos de l’article, notamment en associant cette image d’une femme qui semble indépendante, décidée, aux propos de Léa qui dit s’être rendue inaccessible pour les hommes.

Cet article de Marie-Claire s’ouvre sur le constat du sociologue Pascal Lardellier17, qui explique que le nombre de célibataires est passé de 6 à 12 % en France en trente ans ; l’auteure cite ensuite une étude de l’INED sur les personnes résidant seules en France pour expliquer que le nombre de femmes vivant seules a doublé entre 1962 et 2007, et la proportion d’hommes dans le même cas a triplé. De ces statistiques, l’article tire la conclusion que le célibat touche alors de plus en plus de personnes et notamment de femmes, le présentant comme un phénomène presque « épidémique », sur un ton alarmant. Pour autant, comme le rappellent plusieurs recherches, les statistiques sur le célibat recouvrent une large palette de situations, allant du « véritable célibat » aux couples décohabitants, en passant par les couples non mariés ni unis civilement (Flahault 2009 ; Frischer 1997). Dès les années 1990 en France et 1980 aux États-Unis, les magazines féminins et hebdomadaires grand public gonflaient déjà les chiffres du célibat pour faire croire à une solitude moderne, dont les mouvements féministes étaient rendus responsables (Frischer 1997 ; Faludi 1993).

L’article donne ensuite la parole aux femmes célibataires, qui exposent leurs doutes sinon leurs regrets quant aux choix qu’elles ont pu faire :

À 20 ans, c’était moi qui avais le plus de succès dans la bande, se souvient Caroline, 34 ans. Depuis, j’enchaîne les fiascos amoureux, je ne sais pas pourquoi. Je ne peux même pas tirer de leçon de mes échecs car je suis dans un schéma de répétitions. Mes amis m’ont présenté tous leurs proches célibataires, avec lesquels, évidemment, ça n’a pas collé. […] Léa raconte comment elle a quitté Marc, il y a cinq ans, parce qu’elle ne voulait pas que leur « belle histoire s’enlaidisse », et a plongé à cœur et corps perdu dans sa nouvelle vie de célibataire, savourant une liberté qu’elle avait quitté trop tôt. Mais à 43 ans, elle commence à désespérer de retomber amoureuse. « J’ai peur de m’être endurcie, analyse-t-elle. (...) C’est un cercle vicieux car plus le temps passe, plus mon armure de célibataire se perfectionne. Celui qui arrivera à me libérer de ma prison solitaire sera le plus courageux et le plus vaillant ! »
« Tout pour plaire... et toujours célibataires » Marie-Claire, Mars 2012, n° 716, p. 162

Ces deux femmes ont donné la priorité à leur liberté à un moment de leur vie : Caroline n’a pas souhaité s’engager trop tôt et Léa a décidé de mettre fin à une histoire qui ne lui convenait plus. Leurs témoignages servent à incarner la figure de la « célibataire repentie » : elles ne remettent pas forcément en cause leurs choix, mais elles admettent éprouver quelques regrets, voire ressentir une certaine angoisse face au temps qui passe. La menace de finir ses jours « seule » semble très prégnante pour Léa. Les mots choisis pour parler de leur situation sont éloquents : « fiasco amoureux », « prison solitaire », etc.

Toutes deux se rendent responsables de leur situation, Caroline mentionne « un schéma de répétition », Léa pense qu’elle se rend malgré elle inaccessible, avec son « armure de célibataire ». Toutes deux font figure de modèle repoussoir pour les lectrices, et leurs récits fonctionnent comme des avertissements : on peut choisir de privilégier sa liberté, on a le droit d’attendre beaucoup des relations amoureuses, mais le temps passe, la solitude menace, et, avec elle, le remords d’avoir en quelque sorte laissé passer sa chance. La façon dont est présentée l’histoire de Léa sonne comme une mise en garde à peine voilée : l’utilisation de l’expression « à cœur et corps perdu » évoque la souffrance amoureuse, et la mention de son âge (43 ans) vient implicitement rappeler aux lectrices que vouloir retrouver une vie de célibataire à l’approche de la quarantaine est un pari risqué. L’article donne la parole à un deuxième type de « célibataire repentie », celle qui a donné la priorité à sa carrière et n’a, par conséquent, pas pu fonder une famille :

À un moment, il faut choisir, résume Suzanne, 47 ans. Et c’est cruel. J’ai fait de longues études, puis me suis lancée dans un boulot passionnant qui me conduit aux quatre coins du monde. (...). À l’âge où les autres se casaient, j’explorais les possibles. Le couple qui dure, la famille c’était pour « quand je serai grande ». J’ai même renoncé à un homme que j’aimais profondément mais qui, lui, était plus pressé. Et dû me rendre à l’évidence, quelques années plus tard, que j’avais peut-être laissé passer ma chance. (...) Je ne dis pas qu’il n’y a pas une forme d’amertume en moi. Mais cette femme hyperactive, qui n’a jamais manqué d’amis, d’amours et d’adrénaline, sans jamais supporter la routine ni su tisser une relation durable, c’est moi. J’ai choisi sans le vouloir. La suite risque d’être difficile mais je ne me projette pas. J’aurais sans doute été plus malheureuse autrement. »
« Tout pour plaire... et toujours célibataires » Marie-Claire, Mars 2012, n° 716, p. 158

Là encore, le témoignage fonctionne comme une piqûre de rappel pour les lectrices : elles sont libres, comme Suzanne, de privilégier leur carrière et leur bien-être personnel, mais elles pourraient le regretter ensuite : l’horloge biologique tourne, et vient le jour où il est trop tard pour songer à la vie de famille. Même si Suzanne semble apprécier la vie qu’elle mène (« j’aurais sans doute été plus malheureuse autrement »), elle dit aussi qu’elle a « choisi sans le vouloir ».

Le récit de Suzanne est le plus « nuancé » de l’article, notamment parce qu’il laisse la place à la réflexivité de cette femme qui assume ses choix tout en mettant en avant certaines de leurs conséquences. Mais pour autant, tout se passe comme si le célibat féminin ne pouvait être un choix dicible ; la situation doit être justifiée par d’autres contingences (le travail, les longues études). On retrouve ici des logiques similaires à celles des personnes volontairement sans enfants, qui doivent trouver des arguments pour expliquer un choix de vie stigmatisé et stigmatisant (Debest 2014). Érika Flahault dans sa recherche sur les femmes seules, montre combien il est difficile d’assumer pleinement ce choix ; et, de fait, parmi les femmes qu’elle a rencontrées, seule une minorité dit en être heureuse et ne pas souhaiter un autre style de vie (Flahault 2009).

Ainsi le parti pris de l’article est bien de donner à voir des témoignages de femmes qui subissent leur célibat, témoignages qui auraient pu être nuancés par la mobilisation d’autres expériences de femmes qui apprécient leur célibat. Ici, l’on voit comment l’un des gains des luttes féministes, à savoir la possibilité pour les femmes de s’extraire, temporairement ou définitivement, de l’obligation de la conjugalité, est implicitement présenté comme finalement délétère pour les femmes, qui après avoir profité de leur liberté, éprouveraient des remords lorsque, à l’aube de la quarantaine, elles sont encore célibataires.

Une indépendance qui fait peur aux hommes

L’autre « effet pervers » de cette indépendance nouvellement acquise par les femmes serait à trouver, selon la presse féminine, dans les bouleversements survenus dans les rapports de séduction hétérosexuels. Les femmes trop sûres d’elles ou trop indépendantes effraieraient les hommes, une idée de sens commun renforcée par les propos du sociologue Jean-Claude Kauffmann, sollicité par Marie-Claire :

Marie-Claire : Et les hommes dans tout ça ?
Jean-Claude Kaufmann : Ils ont peur ! Ces femmes les séduisent, mais pour un engagement sur le long terme, c’est plus compliqué. Ils sont, eux aussi, devenus plus exigeants, mais pas sur les mêmes critères. Les femmes rêvent de passion, veulent une vie de couple riche, alors qu’eux ont tendance à rechercher la tranquillité auprès d’une douce compagne »
« Tout pour plaire... et toujours célibataire » Marie-Claire, Mars 2012, n° 716, p. 162

Si Jean-Claude Kaufmann ne nous dit pas de quoi les hommes ont peur, il révèle par contre ce qu’ils veulent : une compagne douce et tranquille. Dans un magazine qui s’adresse à un lectorat essentiellement féminin, et dans un article consacré aux causes du « célibat de longue durée » chez les femmes, la parole du sociologue qui explique ce que veulent les hommes fonctionne comme un conseil : mieux vaut essayer de s’y conformer, au risque de rester seule. Un article du magazine Biba, s’alarmant de ce que les hommes n’oseraient plus aborder les femmes, met également ce retournement de situation sur le compte de la peur que leur inspireraient les femmes : « À croire qu’on en serait arrivées à faire peur aux hommes... Et que le féminisme de nos mères se serait mué en une féroce agressivité ! »18. L’association entre le féminisme et la peur que ce mouvement inspire aux hommes fait partie de l’arsenal rhétorique des antiféministes : entre autres maux, le féminisme est régulièrement accusé de porter préjudice aux femmes, les empêchant notamment de développer des relations de couple harmonieuses (Lamoureux 2008). Parmi les critiques adressées aux mouvements féministes, la supposée agressivité de ses protagonistes est régulièrement mentionnée (Bard 1999), notamment au travers du mythe des féministes brulant leur soutien-gorge, alors que rien ne prouve que cela soit arrivé réellement (Bard 2012). Enfin, évoquer « le féminisme de nos mères », permet à la journaliste, encore une fois, de jouer avec la proximité de génération, réelle ou supposée, tout en mettant à distance le féminisme. Pour ces femmes nées dans les années 1980, le mouvement féministe dit de la deuxième vague19 appartient au passé. Il semble ici relever d’un héritage quelque peu encombrant et indésirable : ces femmes élevées dans le sillage du militantisme féministe porteraient en elles, à leur insu, « une féroce agressivité ».

Cette indépendance des femmes est perçue par certains hommes comme une prémisse à d’autres bouleversements sociétaux, mettant à mal l’union hétérosexuelle : « Les femmes de 30-35 ans partent du principe qu’elles n’ont plus besoin de nous, que ce soit financièrement ou physiquement, rage Philippe, 34 ans. Même pour faire un enfant, nous sommes limite superflus ! »20. Cet extrait met en lumière l’importance de la complémentarité dans le maintien des rapports sociaux de sexe, cette complémentarité socialement créée venant justifier la nécessité de l’union hétérosexuelle (Rubin 1998). Ainsi, dans un monde, largement fantasmé, où les femmes pourraient se passer des hommes pour tout, l’ordre de genre serait menacé. Ce témoignage est révélateur de la crainte, voire de la colère (Philippe « rage »), que l’émancipation des femmes peut inspirer à certains hommes. Philippe est un homme qui a l’impression de voir ses privilèges décliner avec les avancées sociales permises par le féminisme, et qui se sent lésé, injustement dénigré. Il faut souligner que ces propos quelque peu exagérés ne sont pas nuancés dans l’article, qui pourrait par exemple rappeler que la vie des femmes cheffes de famille monoparentale est loin d’être simple21, ou que l’accès aux techniques de procréation médicalement assistée reste presque exclusivement réservé aux couples hétérosexuels.

L’autonomie des femmes est à nouveau critiquée, de manière plus sournoise, dans le même article, à travers le témoignage d’un autre homme, Jean-Philippe, 36 ans, qui critique l’attitude trop indépendante de son ex-compagne, jugée excessive :

Mon ex passait son temps à me faire comprendre qu’elle n’avait pas besoin de moi. Je ne sais pas si c’était un relent de féminisme ou une fierté mal placée, mais dès que je voulais l’aider, elle refusait sec. Sauf que sur le fond, jouer à l’homme est très valorisant, que ce soit pour raccompagner une fille ou changer une ampoule !
« Au secours, les hommes ne draguent plus ! » Biba, Mars 2013, n° 397, p. 96

Pour avoir envie de séduire les femmes, les hommes devraient donc pouvoir jouer le rôle de protecteur ; l’arrangement des sexes décrit par Goffman, assignant aux hommes la tâche de secourir les femmes et de les éloigner de tout ce qui est salissant, lourd, dangereux (Goffman 2002), est alors présenté comme un élément essentiel du processus de séduction hétérosexuel. Les femmes qui refusent d’exécuter l’acte de la « demoiselle en détresse » courraient le risque de faire fuir les hommes, qui se sentiraient inutiles et seraient rendus incapables de « faire » leur genre (West et Zimmerman 1987).

À travers ces articles sur le célibat ou sur les transformations dans les rapports de séduction hétérosexuels, les magazines féminins nourrissent la thèse de l’effet pervers, selon laquelle les avancées sociales permises par le féminisme se retourneraient contre les femmes. Celles-ci paieraient le prix de leur liberté par une forme de solitude, soit parce qu’elles auraient trop attendu pour former un couple, soit parce que leur indépendance effraierait et repousserait les hommes.

Dans les articles présentés dans cette section, les témoignages des hommes et des femmes ont deux fonctions distinctes. Ceux des femmes célibataires de longue durée visent à avertir les lectrices des conséquences potentielles si elles privilégient leurs carrières, ou repoussent l’installation dans une vie de couple. En revanche, les propos des hommes incitent les lectrices à adopter des comportements qui rassurent les hommes, c’est-à-dire ne pas paraitre trop indépendantes. Dans des magazines qui font du couple hétérosexuel un élément indispensable au bonheur, ces témoignages masculins sur ce que les hommes attendraient d’une potentielle compagne fonctionnent comme des conseils, voire des injonctions. Les propos d’« experts », comme le sociologue Jean-Claude Kauffman, contribuent à donner une apparence de fait social massif à un phénomène finalement circonscrit à un petit nombre d’individus, et les témoignages viennent en quelque sorte incarner ce phénomène. Les quelques informations disponibles sur leurs auteur-e-s (âge, statut conjugal, éventuellement profession), peuvent amener les lectrices à s’identifier ou à y reconnaitre certain.es de leurs proches, renforçant ainsi l’impression de réel. De plus, la parole à la première personne, qui exprime un ressenti difficilement contestable, participe à conférer une légitimité au propos de l’article : ce n’est pas seulement la journaliste qui le dit, mais également des femmes et hommes « ordinaires ».

Le masculinisme dans les magazines féminins

Si les magazines étudiés visent un lectorat féminin, les hommes en peuplent les pages : outre leur omniprésence dans les articles portant sur les relations amoureuses, certains papiers sont entièrement consacrés à la condition masculine, qui est régulièrement présentée comme étant en déclin. Dans les magazines étudiés, quatre articles sont exclusivement consacrés à une supposée transformation de la situation des hommes. L’angle de vue choisi nourrit très souvent l’idée selon laquelle les hommes seraient sortis perdants des bouleversements survenus dans les rapports sociaux de sexe au cours de la seconde moitié du xxe siècle. Puisqu’il s’agit ici de repérer les déclinaisons de la thèse de la mise en péril, deux grandes thématiques seront mentionnées : la perte de pouvoir des hommes sur le plan économique, et la dévalorisation de la virilité ainsi que ses conséquences sur le plan des relations affectives.

L’inéluctable déclin des hommes 

L’arrivée des femmes sur le marché du travail suscite et a suscité des réactions masculines de défense, notamment de la part des syndicats, craignant que cela fasse baisser leurs salaires ou dénonçant une concurrence déloyale (Battagliola 2004 ; Dupuis-Déri 2012). La question du pouvoir économique est présente dans bon nombre de discours masculinistes, mobilisant la thèse de la mise en péril pour alerter sur une dégradation de la position des hommes sur le marché du travail. On retrouve cette idée dans les magazines féminins étudiés, qui, tout en célébrant l’indépendance économique des femmes, déplorent que celle-ci se fasse au détriment des hommes.

Ainsi, dans un article consacré aux rapports de séduction, Biba citant Hanna Rosin22, assure que l’heure serait à la « mancession », les hommes étant condamnés au chômage dans une société post-industrielle qui n’a « que faire des muscles »23. Un article de Elle sur le célibat masculin affirme que les femmes peuvent désormais se passer des hommes, car elles seraient « plus diplômées, mieux insérées, moins mal payées »24. Dans un autre numéro, le magazine Elle propose une interview d’Hanna Rosin, qui vient exposer les thèses de son ouvrage25.

Le magazine Elle du 8 mars 2013 (n° 3506) offre à Hanna Rosin une tribune pour exposer ses thèses. Si le livre d’Hanna Rosin est plus nuancé qu’un argumentaire purement masculiniste et mentionne les obstacles existant à l’égalité réelle, la ligne adoptée par l’article insiste particulièrement sur les idées masculinistes reprises par la journaliste. Le titre (« Les hommes sont-ils finis ? »), l’usage d’expressions telles que « la fin des hommes », « le déclin des hommes » dans les questions posées par la journaliste, ainsi que la photo choisie pour illustrer l’article viennent plutôt appuyer la thèse de la mise en péril.

Image 100000000000036C000002F4A453DDF6.png

« Les hommes sont-ils finis ? » Elle, 8 mars 2013, n° 3506
Capture d’écran du site internet : http://www.elle.fr/Societe/Les-enquetes/Les-hommes-sont-ils-finis-2391376# page consultée le 13 février 2017

Elle : Dans votre essai, vous soutenez que la ‘‘fin des hommes’’ est arrivée, c’est de la provocation ?
Hanna Rosin : Bien sûr, mais pas seulement ! (...) Plusieurs professions se sont féminisées, alors qu’aucun métier ne s’est franchement masculinisé. Les hommes que j’ai rencontrés sont tétanisés à l’idée d’embrasser de nouveaux rôles : aide-soignant, père à plein-temps... Ils ont du mal à trouver leur place.
Elle : Ce déclin des hommes découlerait selon vous d’une dégringolade économique ?
Hanna Rosin : Tout à fait. Nous sommes passés d’une société industrielle à une économie de services. La force naturelle des hommes n’est plus déterminante dans la course aux jobs. En 1950, un homme sur vingt ne travaillait pas. Aujourd’hui, c’est un homme sur cinq qui est au chômage. Dans le même temps, les femmes sont devenues majoritaires parmi la population active américaine. En France, elles représentent 58 % des médecins de moins de 35 ans et près d’une Brésilienne sur trois gagne plus d’argent que son mari.
« Les hommes sont-ils finis ? » Elle, 8 mars 2013, n° 3506, p. 117

L’une des stratégies récurrentes des rhétoriques masculinistes consiste à tordre la réalité au moyen d’interprétations fallacieuses des statistiques, voire en avançant des chiffres peu fondés empiriquement (Descarries 2005). C’est cette stratégie que l’on retrouve dans les propos d’Hanna Rosin, qui, en citant trois cas distincts (l’augmentation du chômage des hommes, la prépondérance des femmes parmi les jeunes médecins, et le salaire des Brésiliennes), tire une conclusion peu nuancée sur la situation économique des femmes, qui serait désormais plus enviable que celle des hommes. On peut également souligner combien le vocabulaire employé pour parler des hommes, par la journaliste de Elle comme par Hanna Rosin, aiguise l’impression d’une forme de crise dans la situation des hommes (« déclin », « dégringolade », « les hommes sont tétanisés », « ils ont du mal à trouver leur place »).

Une remise en contexte de ces éléments amène à relativiser l’ascension économique des femmes, ainsi que leur responsabilité dans la perte de pouvoir économique des hommes. En ce qui concerne le chômage tout d’abord, il a effectivement augmenté plus rapidement chez les hommes que chez les femmes, pour arriver à ce que les taux de chômage convergent en 2017, avec un taux légèrement plus élevé chez les hommes26. Pour autant, il faut d’une part souligner que bon nombre de femmes sans emploi n’entrent pas dans les statistiques du chômage car elles sont considérées comme inactives (ne cherchant pas d’emploi), souvent pour des raisons liées aux charges familiales. D’autre part, le sous-emploi touche particulièrement les femmes et elles sont plus nombreuses parmi les demandeurs d’emploi « exerçant une activité réduite », c’est-à-dire qui travaillent mais pas assez pour que cet emploi leur rapporte suffisamment pour vivre27. De plus, si certains métiers comme la médecine se féminisent, les postes les plus prestigieux restent encore majoritairement masculins dans ce domaine comme dans d’autres secteurs professionnels, privés ou publics28. Les inégalités salariales persistent, en France comme aux États-Unis. En France, en 2009, les femmes gagnaient 26,9 % de moins que les hommes, tous temps de travail confondus. Aux États-Unis, la différence était de 23 % en 2010, selon un rapport de l’IWPR (Institute Women’s Policy Research)29. Quant au Brésil, les recherches de l’Institut Brésilien de Géographie et de Statistiques (IBGE) montrent que les femmes gagnent en moyenne 30 % de moins que les hommes et sont minoritaires parmi les postes de direction, malgré un niveau de diplômes en augmentation30. On est donc loin de la « fin des hommes » prédite par Hanna Rosin ; si la féminisation de certaines professions peut signifier que des brèches s’ouvrent dans les rapports sociaux de sexe (Lefeuvre et Guillaume, 2007), conclure à leur disparition ou leur renversement semble encore prématuré.

Au-delà de l’aspect économique, le déclin de la condition masculine se mesurerait également, toujours selon Hanna Rosin dont les propos ne sont pas discutés, sur le plan sexuel et familial :

Elle : Vous évoquez aussi les conséquences de cette domination féminine sur le plan sexuel...
Hanna Rosin : Certaines jeunes femmes ont tendance à sélectionner leur copain afin qu’il ne fasse pas barrière à leur carrière. L’homme est devenu du superflu, de l’accessoire. Donc, elles multiplient les expériences sexuelles, adoptent un comportement de prédatrices... et expérimentent de plus en plus la sodomie (...). C’est un bon indicateur de la « plasticité sexuelle » des femmes et de leur prise de pouvoir progressive au lit. Elles retournent cet acte sexuel de soumission à leur avantage en le désirant. (...) j’ai vu des banlieues entières (...) se transformer en véritables matriarcats, régentés par des mères de famille qui remboursent le crédit de la maison et qui décident de tout, de l’éducation des enfants jusqu’à l’achat de la voiture... Que reste-t-il aux hommes ? Les miettes. »
« Les hommes sont-ils finis ? » Elle, 8 mars 2013, n° 3506, p. 117

Là encore, Hanna Rosin met en exergue quelques faits observés pour affirmer que la domination masculine est bousculée jusque dans les familles. Ainsi, l’augmentation du nombre de partenaires pour les femmes et la levée de tabous par rapport à certaines pratiques deviennent synonymes d’une prise de pouvoir féminine dans les relations de couple. Ses propos mettent en opposition la situation des hommes et des femmes : ces dernières sont présentées comme très actives, tirant avantage des transformations socio-économiques, quand les hommes semblent accuser passivement ces changements. Il ne reste aux hommes que « les miettes », ils sont devenus « superflus » pour des femmes à qui tout semble réussir (carrière professionnelle, éducation des enfants et vie sexuelle). L’utilisation du terme « matriarcat », très présent dans la rhétorique antiféministe, associé aux « banlieues », vient là jouer en partie, sur un stéréotype raciste fortement ancré aux États-Unis, où les familles noires, qui sont plus présentes en banlieue qu’en centre-ville, sont souvent présentées à travers l’image d’Épinal de la mère de famille autoritaire, frappant ses enfants et dévirilisant son conjoint (hooks 2015)31. Hanna Rosin joue également du crédit que donne son statut de journaliste à ses propos, lorsqu’elle affirme qu’elle a observé ce schéma de ses propres yeux (« j’ai vu des banlieues entières »).

Cette fois également, la confrontation avec les enquêtes sociologiques oblige à nuancer ces propos : si l’écart en termes de nombres de partenaires se réduit, il semblerait que les hommes continuent d’avoir plus d’expériences sexuelles à leur actif que les femmes, toutes classes d’âges confondues (Léridon 2008). Quant à la sélection du conjoint en fonction de la carrière, les recherches empiriques sur ce sujet montrent plutôt que ce sont les femmes qui ont tendance à mettre leur carrière de côté pour soutenir le projet professionnel de leurs conjoints (Bertaux-Wiame 2008). De plus, la généralisation de pratiques sexuelles autrefois taboues (rapports oraux ou anaux) ne traduit pas forcément une libération des mœurs et encore moins un renversement des rapports de genre, mais plutôt une intériorisation de nouvelles normes sexuelles (Simon et Bozon 2002) : ainsi, la « plasticité sexuelle » des femmes qui est pour Hanna Rosin le signe d’une « prise de pouvoir » sur le plan sexuel pourrait plutôt être un indicateur de la persistance de l’injonction pour les femmes à s’adapter aux désirs des hommes, qui restent prioritaires par rapport aux leurs (Simon et Bozon 2002). Enfin, les violences et notamment les violences sexuelles, au sein des couples hétérosexuels, restent majoritairement commises par les hommes sur les femmes ; on est encore loin d’un renversement des rapports de pouvoir tel que l’évoque Hanna Rosin.

La description des familles supposément matriarcales évoque l’image de femmes autoritaires, régnant en despotes sur leurs conjoints et leurs enfants32. En réalité, s’il arrive que dans certaines familles, les femmes prennent en charge l’intendance et subviennent aux besoins économiques et éducatifs des enfants, cela peut être dû au désinvestissement, partiel ou total, des pères (Jamoulle 2008), ou tout simplement à leur assignation prioritaire à la sphère privée. Le fait que les femmes prennent en charge la logistique familiale peut tout aussi bien être le signe de la persistance du patriarcat qui organise la division sexuelle du travail (Kergoat 2000) qui sépare et hiérarchise les tâches, réservant prioritairement la gestion du travail ménager et l’éducation des enfants aux femmes.

La crise masculine

Tout en insistant sur le caractère indépassable des différences entre les sexes, certains articles affirment que la rigidité des catégories de sexe serait en train de s’émousser (« Les frontières des genres se brouillent »33). Certains articles reprennent à leur compte les discours sur la « crise masculine ». L’idée selon laquelle les hommes vivraient une crise de l’identité masculine fait partie intégrante du discours masculiniste, qui voit dans l’absence de modèles masculins positifs, l’échec scolaire des hommes, l’incapacité à séduire des femmes, et le déclin de la libido masculine les principaux symptômes de la « crise masculine » (Dupuis-Déri 2012). Le diagnostic de la crise a gagné une légitimité dans certains discours scientifiques : des psychologues écrivent que la multiplication des modèles d’identification pour les hommes, allant de l’archétype du « macho » à « l’homme efféminé », rendrait leur construction identitaire problématique (Hazan 2009). Certains sociologues affirment que dans la période de transition entre domination masculine et égalité des sexes qui caractériserait notre époque, les hommes auraient du mal à investir les nouvelles formes de la masculinité (Castelain-Meunier 2011 ; Welzer-Lang 2009). L’historien André Rauch nous dit que ce sont les mouvements LGBTI qui « interpellent » l’identité masculine, tout comme la disparition progressive des rôles sexués (Rauch 2011). Dans une perspective critique par rapport à ces propos, Francis Dupuis-Déri rappelle que le discours de la « crise de la masculinité » est mobilisé de façon récurrente à travers les siècles et les différentes régions du monde, et s’inscrit dans une stratégie de délégitimation des revendications féministes (Dupuis-Déri 2012). De plus, ce discours de la crise de la masculinité s’appuie sur une conception essentialiste et figée de la masculinité, qui correspond plus à un idéal socialement construit qu’à une réalité. Une approche sociologique de la masculinité, proposée notamment par Raewyn Connell, amène en effet à conjuguer la masculinité au pluriel (Connell parle ainsi « des masculinités »), pour mettre en exergue les rapports de pouvoir qui se jouent entre hommes. Les hommes incarnent différentes formes de masculinités, plus ou moins valorisées, qui leur donnent un accès inégal aux « dividendes du patriarcat » (Connell 2014). Pour le dire autrement, d’une part tous les hommes n’adhèrent pas au même modèle de masculinité, et d’autre part, tous ne tirent pas les mêmes bénéfices du système sexe/genre (Rubin 1998) : les hommes homosexuels par exemple incarnent des formes de masculinités subordonnées. Les propos pessimistes sur la crise de l’identité masculine sont donc révélateurs non pas d’une véritable crise touchant tous les hommes mais bien des craintes suscitées par les transformations de l’idéal de la masculinité hégémonique (attitude active, hétérosexualité...)34. L’un des grands apports de Connell est de montrer comment l’adhésion à la norme de la masculinité hégémonique est un vecteur de pouvoir, sur les femmes mais également sur les autres hommes ; ainsi, l’on voit bien comment le discours sur la crise de la masculinité (hégémonique) reflète un refus, plus ou moins explicite, de l’égalité femmes-hommes (Dupuis-Déri, 2012)35, ainsi que de la possibilité pour les hommes de s’éloigner du modèle hégémonique.

Au-delà de certains universitaires, le thème de la crise de la masculinité est également diffusé par la presse féminine. Dans un article sur les rapports de séduction dans Biba, on trouve ainsi un entretien avec le philosophe Vincent Cespedes36, sous le titre : « la crise masculine, réalité ou bonne excuse ? » :

Biba : Aurions-nous castré les hommes ?
Vincent Cespedes : Non, cette crise est assez indépendante de l’émergence des femmes. Les générations précédentes ont également été élevées par des femmes fortes. (...)
Biba : La crise masculine ne serait-elle pas une bonne excuse pour ne plus avoir à draguer ?
Vincent Cespedes : Oui, c’est une flemme d’aimer. Le problème n’est pas que l’homme est volage mais qu’il ne l’est plus. (..) Il ne supporte plus de désirer, et c’est pour cela qu’il ne drague plus.
« Au secours, les hommes ne draguent plus ! » Biba, mars 2013, n° 397, p. 95

S’il dissocie les avancées sociales permises par le féminisme (« l’émergence des femmes ») de la crise masculine, Vincent Cespedes confirme sa réalité et sa nouveauté (puisque les hommes des « générations précédentes » semblent en avoir été épargnés). Il appuie également les propos de la journaliste, qui articule crise masculine et retrait des hommes du jeu de la séduction : les hommes n’assumeraient plus leurs désirs (on a peu d’explications à ce sujet, mais on peut supposer que cela est lié à la crainte de ne pouvoir les satisfaire), et par conséquent, cesseraient de tenter de séduire les femmes. Les hommes engagés dans la « communauté de la séduction », nébuleuse recouvrant des forums en ligne, des conférences et des rencontres entre pairs pour apprendre à séduire, mobilisent eux aussi ce discours de la crise de la masculinité (Gourarier 2017). Ils accusent régulièrement les mouvements féministes d’avoir mis à mal la masculinité, à travers la dévalorisation de certaines de ses caractéristiques (force physique, disposition à la violence…).

Les rhétoriques masculinistes sur le mal-être des hommes accusent régulièrement les féministes d’avoir imposé un mode de gestion « féminin » ou « matriarcal » de la société, dévalorisant tout ce qui a trait à la masculinité hégémonique (Bouchard 2004). Un article de Marie-Claire tout entier consacré au retour de la mode du muscle chez les hommes, évoque cette période de dévalorisation de la virilité, dont nous sortirions à présent. Si l’on en croit l’introduction de l’article, cette mode de « l’androgynie » aurait presque réussi à mettre fin à la division sexuelle du travail ménager : « On l’avait cru définitivement perdu. Condamné à jouer les métrosexuels. Obligé de s’épiler, de descendre les poubelles et d’exhiber, à défaut de pectoraux, sa part de sensibilité d’origine féminine contrôlée. »37

Sur un ton catastrophiste, l’article expose donc les conséquences de ce brouillage de l’ordre de genre : l’imposition d’un modèle de masculinité contraire au « naturel » viril des hommes, auquel les hommes devraient se conformer parfois à leurs corps défendant comme le sous-entend l’usage des mots « perdu », « condamné » et « obligé ». L’expression « jouer les métrosexuels » rappelle bien qu’adopter des comportements dits féminins (prendre soin de soi, exprimer ses sentiments) est en quelque sorte contre nature pour les hommes, puisqu’ils doivent « jouer », autrement dit adopter un rôle. L’homme « métrosexuel », dévirilisé, se trouverait donc obligé de descendre les poubelles : on voit bien, encore une fois, comment le « tabou de la similitude » imprègne l’organisation de la division sexuelle du travail et est invoqué lorsque celle-ci est bouleversée (Rubin 1998) : c’est bien parce qu’ils se seraient efféminés que les hommes auraient été forcés de prendre en charge des tâches assignées aux femmes. Cet article de Marie-Claire illustre bien comment la rhétorique de la crise masculine est entrée dans le sens commun : contre toute vérité statistique (le temps consacré quotidiennement au travail ménager par les hommes a augmenté de trois minutes entre 1986 et 2010 (Ricroh 2012)), le magazine mobilise la thèse de la mise en péril, alertant sur la situation des hommes qui seraient bouleversés par une dévalorisation supposée de la masculinité hégémonique.

Le cout d’être un homme

Bien qu’apparemment dévalorisée, la virilité n’en serait pas moins un fardeau pour les hommes. L’article sur le retour de la mode du muscle chez les hommes, tout en célébrant les corps virils, est une occasion de plaindre les hommes qui verraient peser sur leurs (larges) épaules des contraintes de plus en plus fortes. Après l’obligation de faire taire leur virilité, les hommes se verraient maintenant contraints à l’effort physique, nécessaire pour exalter leur masculinité et pour s’imposer. Les heures d’entrainement ne seraient pas les seules obligations pour les hommes :

Vers l’ultra-performance. Assurer sur tous les plans : être viril mais pas que — beau, fort, sensible, rasé de près et pas con avec ça. Alors qu’on croyait réservé aux seules femmes le diktat de l’ultra-performance, l’image de la Wonder Woman mère-de-famille-épanouie-véritable bombe au lit (mais pas trop ronde non plus) aurait désormais son pendant masculin. Parce qu’il ne faut pas croire qu’on puisse devenir viril sans souffrir un peu.
« Le retour du biscoteau », Marie-Claire, juin 2012, n° 718, p. 108

Tout comme les femmes, les hommes devraient donc jongler entre plusieurs injonctions contradictoires : virilité (musculation, puissance...), sensibilité et intelligence, entretien de son corps (rasé de près, lavé, parfumé...). Les attentes des femmes à l’égard du couple hétérosexuel ont en effet changé : la norme d’égalité conjugale se diffuse (Bozon 2016), et les formes de masculinité hégémonique ont intégré cette attente pour mieux se transformer (Demetriou 2015).

Ces différentes exigences auxquelles les hommes doivent se plier afin d’incarner la masculinité hégémonique permettent d’amener un discours des couts de la masculinité, qui trouve un écho chez certains sociologues (Neveu 2012) : la virilité ne s’acquiert pas sans une part de souffrance, les dominants se trouveraient donc, d’une certaine manière, dominés par leur propre domination (Bourdieu 1998). Si l’engagement dans la masculinité hégémonique peut effectivement comporter des couts, en termes de santé par exemple (Gaussot et Palierne 2012), il s’agit bien de l’apprentissage de ce qui permet la (re)production de rapports sociaux de sexe inégalitaires (Neveu 2012), dont les femmes supportent elles aussi les couts, voire les coups lorsque l’exacerbation de la virilité conforte les hommes dans des attitudes violentes (Lefaucheur et Mulot 2012). De plus, en établissant une symétrie entre l’injonction à l’ultra performance masculine et l’obligation d’articuler de multiples sphères d’activité pour les femmes, l’article laisse entendre qu’hommes et femmes pourraient être victimes du sexisme de la même manière. Pourtant, alors que l’injonction à la virilité maintient les hommes dans une position de dominant qui leur apporte d’incontestables bénéfices matériels, sociaux et symboliques, le diktat de la « superwoman », décharge les hommes d’un certain nombre d’obligations (l’éducation des enfants et l’entretien du foyer), tout en ayant un cout élevé pour les femmes (stress, culpabilité).

Un article publié par le magazine Elle et portant sur la réussite scolaire des filles rappelle ainsi les conséquences du carcan masculin en termes d’éducation :

Olivier Fournout, enseignant dans une grande école d’ingénieurs Télécom (...) a mis sur pied un stage de théâtre axé sur les rapports hommes/femmes. « Les garçons viennent ici se libérer du fait d’avoir été durant leurs études des boucs émissaires simplement parce qu’ils étaient bons en classe », dit-il. Car être un bon élève, c’est pour les garçons faire partie d’une minorité visible qu’on accable. Une fille douée garde des copines, un garçon doué est rejeté.
« Les filles en tête », Elle, 27 Juillet 2012, n° 3474, p. 15

Les recherches en sciences de l’éducation montrent en effet que « les garçons sont renvoyés à une contrainte de virilité et à une position de supériorité et de dominance, pas toujours compatibles avec un rapport positif à l’école » (Mosconi 2004). Cependant, si la socialisation des garçons peut leur porter préjudice pour se conformer à l’institution scolaire en primaire et au collège, l’esprit de compétition, le culte de la performance devient un avantage quand il s’agit de s’engager dans des filières compétitives et valorisées comme les filières scientifiques, les classes préparatoires ou les écoles d’ingénieurs, ce qu’ils font d’ailleurs plus massivement que les filles (Baudelot et Establet 2006). De plus, à niveau scolaire égal, les garçons formulent des vœux d’orientation plus ambitieux que les filles, et ils sont en cela soutenus à la fois par leurs familles et par les enseignant-e-s (Caille et Lemaire 2002). Enfin, il faut souligner que la situation décrite dans cet article ne concerne pas l’ensemble des garçons, et que le degré d’adhésion aux normes scolaires dépend davantage de la classe sociale que du genre (Marry 2004) ; les jeunes garçons des classes moyennes et supérieures, qui composent sans doute une partie du public du stage de théâtre d’Olivier Fournout, courent finalement peu le risque d’être des « boucs émissaires » parce qu’ils obtiennent de bons résultats scolaires.

Ainsi on voit qu’en ce qui concerne la situation des hommes, les articles reprennent (sciemment ou non) une partie des discours masculinistes : crise de la masculinité, manque de modèles masculins, discours des couts de la masculinité, échec scolaire des garçons. Associés à une victimisation des hommes et à la propagation du mythe du déclin masculin, ces articles permettent d’habituer les lectrices à l’idée selon laquelle, tout en faisant désormais partie des acquis, les combats féministes devraient soit être abandonnés, soit intégrer à leur agenda les problématiques qui concernent les hommes. Il s’agit bien de penser les rapports de genre du point de vue des hommes avant tout, ce décalage genré de perception de l’oppression (Thiers-Vidal 2013) permettant de nier l’existence d’un système sexe/genre dont les hommes sont les bénéficiaires (Rubin 1998). Ainsi, dans une perspective « antisexiste » niant la hiérarchie des rapports sociaux de sexe, les hommes peuvent être pensés comme les victimes de réarrangements des rapports sociaux de sexe (Lamoureux 2008).

Conclusion

Sans prétendre à l’exhaustivité, cette analyse des discours d’une partie de la presse féminine donne à voir un continuum de discours antiféministes, allant de la dévalorisation des acquis du féminisme (notamment les gains en indépendance pour les femmes) à une forte adhésion aux thèses masculinistes sur la « crise de la masculinité ». Entre les lignes de plusieurs papiers traitant du couple hétérosexuel, on décèle en effet une défiance vis-à-vis du féminisme, présenté comme une menace pour l’équilibre conjugal (notamment en ce qui concerne le travail ménager), ou comme un véritable repoussoir pour beaucoup d’hommes. Plus subtilement, certains acquis du féminisme, comme l’indépendance financière et la possibilité de se réaliser hors de la vie conjugale, s’ils peuvent être valorisés, sont assortis de mises en garde, à travers la triste figure de la célibataire repentie.

Quant aux discours sur les hommes et la condition masculine, ils laissent percevoir un masculinisme peu voilé, mais qui peut être difficile à repérer, notamment parce qu’ils sont nourris par des thèses jouissant d’une certaine légitimité. En effet, l’idée selon laquelle la situation des hommes aurait pâti des avancées sociales permises par les mouvements féministes, a réussi à se diffuser au-delà des seuls cercles des militants masculinistes, comme le montre notamment l’exemple de la communauté de la séduction (Gourarier 2017). La rhétorique de la crise masculine, traversant les âges et les continents, a trouvé sa place dans les pages des magazines féminins. Ceux-ci se font le porte-voix de ces hommes apparemment en déclin, déplorant la dévalorisation de la masculinité hégémonique, sans toutefois apporter d’éléments tangibles qui prouveraient l’existence d’une crise de la masculinité.

Choisir l’angle des trois thèses d’Hirschman implique de laisser de côté d’autres formes d’antiféminismes présents dans les magazines féminins, notamment tout ce qui a trait à la valorisation d’une certaine forme de féminisme peu transformateur, raciste et de classe, incarné par des figures comme Élisabeth Badinter ou des associations comme Osez le féminisme. Bien qu’il ne s’agisse pas de l’objet de cet article, il est intéressant de mentionner que les magazines féminins étudiés traitent bien de certains sujets qui intéressent les mouvements féministes, comme le manque de places en crèche ou les violences envers les femmes. Certains articles sur les violences, les inégalités salariales, la difficulté à articuler vie familiale et vie professionnelle, donnent à voir les prémisses d’une conscience de genre (Aronson 2015), dans la mesure où des inégalités touchant les femmes sont dévoilées et présentées comme illégitimes.

Pour autant, le féminisme affiché de certains pourrait être considéré comme une forme d’antiféminisme ordinaire, ce que Francine Descarries a qualifié de « féminisme de façade » (Descarries 2005). Tout d’abord, il s’agit, bien souvent, de mettre en avant un certain type de féminisme, élitiste et libéral, qui s’adresse aux femmes des classes moyennes et supérieures (Klaus 2010). Le répertoire d’action et les revendications de formes plus transformatrices de féminisme sont peu présentes dans les pages de ces magazines, et le « bon » féminisme est plutôt porté par des femmes jeunes, hétérosexuelles, qui ne remettent pas fondamentalement en cause les rapports structurels de pouvoir38. De plus, dans ces articles sur les inégalités de genre, les dimensions de classe et de race de ces inégalités sont soit occultées, soit instrumentalisées. Ainsi certains magazines sont plus prompts à dénoncer les violences lorsqu’elles ont cours « ailleurs », un ailleurs se référant aux pays non occidentaux comme aux « banlieues défavorisées », dont la population n’est apparemment pas le lectorat visé par la presse féminine. Le traitement des violences se fait, bien souvent, au prisme d’une forme de racialisation du sexisme (Hamel 2005). Le fait de limiter le féminisme à des revendications purement correctrices (égalité de salaire notamment dans les professions supérieures, augmenter le nombre de places en crèche ou dénoncer les violences), sans s’interroger sur les rapports de pouvoir dans lesquels s’enracinent les inégalités, participe à marginaliser les analyses et les pratiques des courants plus transformateurs du féminisme, et constituent ainsi une autre forme d’antiféminisme.

1 Tout au long de cet article, « les femmes » sont entendues comme un groupe socialement constitué et non comme une catégorie biologique. À ce sujet

2 Teresa de Lauretis, s’inspire ici du concept de « technologies du corps » forgé par Michel Foucault. Ces technologies du corps correspondent à un

3 Il faut souligner que cet ouvrage ne s’intéresse pas exclusivement à la presse féminine mais également aux blogs.

4 Voir notamment le dossier d’Acrimed consacré à la presse féminine (http://www.acrimed.org/+-Presse-feminine-+).

5 Cet article est issu d’un mémoire de première année de master pour le master Genre, Égalité et Politiques Sociales de l’Université de Toulouse

6 Par information au féminin, nous faisons référence aux articles portant sur la situation des femmes, en France et dans le monde, ainsi que sur les

7 Distribution totale, chiffres 2016, fournis par l’alliance pour les chiffres de la presse et des médias, http://www.acpm.fr/Classement-personnalise/

8 Tous articles confondus, nous avons recensé quinze psychologues, psychanalystes, psychothérapeutes, psychiatres ou conseillères conjugales/

9 Comme en témoignent le nom des rubriques (« nos hommes » pour Biba et Marie-Claire, « Lui et moi » pour Femme Actuelle), le couple dont il est

10 Par travail ménager, on entend l’ensemble des tâches permettant la (re)production de la famille et de ses membres. Le concept de travail domestique

11 Pour une étude détaillée des discours sur les psychologies « masculines » et « féminines » dans les ouvrages grand public destinés à faciliter la

12 Irène Jonas fait un constat similaire à la lecture des ouvrages de psychologie grand public.

13 Il convient ici de noter que la diffusion d’une « grammaire paritaire » dans différentes sphères sociales entraine l’utilisation des termes de « 

14 Femme Actuelle, 16 décembre 2012, nº 1472, p. 54. La pertinence de l’interprétation qui a été faite des résultats de cette enquête est questionnée

15 Les entretiens qui forment la matière de cet ouvrage sont réalisés dans les années quatre-vingt-dix.

16 « Tout pour plaire… et toujours célibataire », Marie-Claire, Mars 2012, n° 716, p. 158.

17 Auteur de Les célibataires. Idées reçues, Le Cavalier bleu, collection "Idées reçues", 2006

18 « Au secours, les hommes ne draguent plus ! » Biba, Mars 2013, n° 397, p. 95

19 Pour une discussion autour de l’effet homogénéisant des « vagues » du féminisme, on peut se référer à Dialogues sur la troisième vague féministe (

20 « Au secours, les hommes ne draguent plus ! » Biba, Mars 2013, n° 397, p. 95

21 Voir par exemple « Les mères célibataires, catégorie précaire », publié dans Le Monde, cinq septembre 2013 (http://www.lemonde.fr/societe/article/

22 Journaliste américaine, auteur de l’essai The end of men. Voici venu le temps des femmes, paru en France en 2013 aux éditions Autrement.

23 « 20 idées pour mettre plus d’amour dans sa vie », Biba, Juin 2013, n° 400, p. 83

24 « Les hommes sont-ils les nouvelles Bridget Jones ? » Elle, 23 Novembre 2012, n° 3491, p. 118. Cet article reprend d’ailleurs certains arguments

25 Pour une recension critique et complète de ce livre, on peut lire Louis Braverman, « Rosin Hanna, The end of men. Voici venu le temps des femmes »

26 http://www.inegalites.fr/spip.php?article1122, consulté le 10 août 2017.

27 http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=1969, consulté le 10 août 2017.

28 http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/parite/reperes-statistiques-47/, consulté le 11 août 2017.

29 http://www.iwpr.org/initiatives/pay-equity-and-discrimination, consulté le 10 août 2017.

30 http://www.brasil.gov.br/economia-e-emprego/2012/02/salario-das-mulheres-e-inferior-ao-dos-homens, consulté le 10 août 2017.

31 Le cadre de cet article ne nous permet pas de discuter plus en profondeur cela, mais dans cet ouvrage bell hooks met particulièrement en exergue

32 Sur les représentations racistes des familles Noires pensées comme « matriarcales » du fait d’une supposée dévalorisation des hommes, on peut lire

33 « 20 idées pour mettre plus d’amour dans sa vie », Biba, Juin 2013, n° 400, p. 86

34 « La masculinité hégémonique peut être définie comme la configuration de la pratique de genre qui incarne la réponse acceptée à un moment donné au

35 Il faut ici ajouter que la transformation de la masculinité hégémonique, par un jeu d’intégration de nouvelles formes de masculinités, consiste

36 Auteur de L’homme expliqué aux femmes (2012, éditions J’ai lu). S’il se présente comme pro-féministe, il reprend certaines thèses masculinistes

37 « Le retour du biscoteau », Marie-Claire, juin 2012, n° 719, p. 105

38 Ici il convient de rappeler que les matériaux empiriques datent de 2012-2013 ; la montée en visibilité des luttes féministes au cours des dernières

ARONSON, Pamela. 2015. « Féministes ou post-féministes » Politix, 109 : 135-158.

BARD, Christine. 1999. Un siècle d’antiféminisme. Paris : Fayard.

BARD, Christine. 2012. Le féminisme au-delà des idées reçues. Paris : Le Cavalier bleu.

BATTAGLIOLA, Françoise. 2004. Histoire du travail des femmes. Paris : Éd. la Découverte.

BAUDELOT, Christian et ESTABLET, Roger. 2006. Allez les filles. Paris : Éd. du Seuil.

BERTAUX, Daniel ; 1997. Le récit de vie. Paris : Armand Colin.

BERTAUX-WIAME, Isabelle. 2008. « Les comptes privés de la banque : les cadres et leur famille à l’épreuve de la mobilité », in Pourquoi travaillons-nous ?, LINHART, Danièle (éd). Toulouse : Érès, 295-319.

BLANDIN, Claire et ECK, Hélène. 2010. « Devoirs et désirs : les ambivalences de la presse féminine » in La vie des femmes : la presse féminine aux XIX e et XX e siècles, BLANDIN, Claire et ECK, Hélène (éds). Paris : Panthéon Assas.

BONVOISIN Samra Martine et MAIGNIEN Michèle. 1996. La presse féminine. Paris : Presses Universitaires de France.

BOUCHARD, Pierrette. 2004. « Les masculinistes face à la réussite scolaire des filles et des garçons », Cahiers du genre, 36(1) : 21-44.

BOURDIEU, Pierre. 1993. La misère du monde. Paris : Seuil.

BOURDIEU, Pierre. 1998. La domination masculine. Paris : Seuil.

BOZON, Michel. 2016. Pratique de l’amour. Paris : Payot & Rivages.

BRAVERMAN, Louis. 2014.« Rosin Hanna, The end of men. Voici venu le temps des femmes », Genre, sexualité & société [en ligne], consulté le 31 mai 2018, https://journals.openedition.org/gss/3086.

BROUSSE, Cécile. 2015. « Économie et statistique. Travail professionnel, tâches domestiques, temps « libre » : quelques déterminants sociaux de la vie quotidienne » Économie et statistique, 478 480 : 119-154.

CAILLE, Jean-Paul, LEMAIRE, Sylvie et VROLANT, Marie-Claude. 2002. « Filles et garçons face à l’orientation » Éducation et formation, 23 : 111-121.

CARDI, Coline. 2007. « La « mauvaise mère » : figure féminine du danger » Mouvements, 49(1) : 27-37.

CARNAC, Romain. 2014. « L’église catholique contre “la théorie du genre”: construction d’un objet polémique dans le débat public français contemporain » Synergies Italie, 10 : 125-143.

CASTELAIN-MEUNIER, Christine. 2011. « Masculinités et mobilités des identités dans une société en transition », in Masculinités : état des lieux, WELZER-LANG, Daniel et ZAOUCHE GAUDRON, Chantal. Toulouse : Éres, 25-40.

CHOLLET, Mona. 2012. Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine. Paris : La Découverte.

CONNELL, Raewyn. 2014. Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie. Paris : Éditions Amsterdam.

DARDIGNA, Anne-Marie. 1978. La presse féminine : fonction idéologique. Paris : Maspero.

DEBEST, Charlotte. 2014. Le choix d’une vie sans enfant. Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

DELPHY, Christine. 2008 ; L’ennemi principal. Tome 1: économie politique du patriarcat. Paris : Éditions Syllepse.

DELPHY, Christine. 2013. L’ennemi principal. Tome 2: Penser le genre. Paris : Éditions Syllepse.

DEMETRAKIS, Demetriou. 2015. « La masculinité hégémonique : lecture critique d’un concept de Raewyn Connell » Genre, sexualité & société, 13 [en ligne], traduit par BOUVARD, Hugo, consulté le 31 mai 2018, https://journals.openedition.org/gss/3546

DESCARRIES, Francine. 2005. « L’antiféminisme “ordinaire” » Recherches féministes, 18(2) : 137-151.

DUCROT, Oswald et TODOROV, Tzvetan. 1972. « Rhétorique et stylistique », in Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage. Paris : Seuil, 99-105.

DUPUIS-DÉRI, Francis et LAMOUREUX, Diane. 2015. Les antiféminismes. Analyse d’un discours réactionnaire. Montréal : Les éditions du Remue-ménage.

DUPUIS-DÉRI, Francis. 2012. « Le discours de la « crise de la masculinité » comme refus de l’égalité entre les sexes : histoire d’une rhétorique antiféministe » Cahiers du Genre, 52(1) : 119-143.

FALUDI, Suzanne. 1993. Backlash. Paris : Des femmes.

FLAHAULT, Érika. 2009. Une vie à soi. Nouvelles formes de solitude au féminin. Rennes : Presses universitaires de Rennes.

FRISCHER, Dominique. 1997. La revanche des misogynes. Paris : Albin Michel.

GAUSSOT, Ludovic et PALLIERNE, Nicolas. 2012. « Les privilèges et les coûts de la masculinité en matière de consommation d’alcool », in Boys don’t cry ! Les coûts de la domination masculine, NEVEU, Erik, GUIONNET, Christine, DULONG, Delphine. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 253-274.

GHIGI, Rosella. 2004. « Le corps féminin entre science et culpabilisation » Travail, genre et sociétés, 12(2) : 55-75.

GIANINI BELOTTI, Elena. 1976. Du côté des petites filles. Paris : Éditions des femmes.

GIET, Sylvette. 2005. Soyez libres ! C’est un ordre. Le corps dans la presse féminine et masculine. Paris : Autrement.

GOFFMAN, Erving. 2002. L’Arrangement des sexes. Paris : La Dispute.

GOURARIER, Mélanie. 2017. Alpha mâle. Séduire les femmes pour s’apprécier entre hommes. Paris : Seuil.

GUILLAUMIN, Colette. 1992. Sexe, race et pratique du pouvoir. Paris : Côté-femmes.

HAICAULT, Monique. 2005. « Des pratiques temporelles du travail aux temporalités urbaines 20 années de recherches sur la thématique des temps sociaux », Conférence invitée « Femmes et villes », Commission consultative de la ville de Liège.

HAMEL, Christelle. 2005. « De la racialisation du sexisme au sexisme identitaire » Migrations et Société, 99-100(17) : 99-104.

HARDEN-CHENUT, Helen. 2012. « L’esprit antiféministe et la campagne pour le suffrage en France, 1880-1914 » Cahiers du Genre, 52(1) : 51

HAZAN, Marie. 2009. « Y a-t-il une condition masculine ? Le masculin aujourd’hui : crise ou continuité » Dialogue, 183(1) : 81-93.

HIRSCHMAN, Albert. 1991. Deux siècles de rhétorique réactionnaire. Paris : Fayard.

hooks, bell. 2015. Ne suis-je pas une femme ? Paris : Cambourakis.

JAMOULLE, Pascale. 2008. Des hommes sur le fil. Paris : La Découverte.

JONAS, Irène. 2011. Moi Tarzan, toi Jane. Paris : Éditions Syllepse.

KERGOAT, Danièle. 2000. « Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe », in Dictionnaire critique du féminisme, HIRATA, Helena, LABORIE, Françoise, LE DOARÉ, Hélène et SENOTIER, Danièle. Paris : Presses Universitaires de France, 35-44.

KLAUS, Elizabeth. 2010. « Antiféminisme et féminisme élitiste en Allemagne : les termes du débat » Travail, genre et sociétés, 24(2) : 151-165.

LAMOUREUX, Diane. 2008. « Un terreau antiféministe », in Le mouvement masculiniste au Québec, l’antiféminisme démasqué, BLAIS, Mélissa et DUPUIS-DÉRI, Francis (dir). Montréal : Les Éditions du Remue ménage, 55-73.

DE LAURETIS, Teresa. 2007. Théorie queer et cultures populaires. De Foucault à Cronenberg. Paris : La Dispute.

LEFAUCHEUR, Nadine et MULOT, Stéphanie. 2012. « La construction et les coûts de l’injonction à la virilité en Martinique », in Boys don’t cry ! Les coûts de la domination masculine, NEVEU, Erik, GUIONNET, Christine, DULONG, Delphine, Rennes : Presses universitaires de Rennes, 207-230.

LEFEUVRE, Nicky et GUILLAUME, Cécile. 2007. « Les processus de féminisation au travail : entre différenciation, assimilation et « dépassement du genre » » Sociologies pratiques, 14 : 11-15.

LÉRIDON, Henri. 2008. « Le nombre de partenaires : un rapprochement, mais des comportements encore très différents », in Enquête sur la sexualité en France : pratiques, genre et santé, BOZON, Michel et BAJOS, Nathalie (dir). Paris : La Découverte, 215-242.

MATHIEU, Nicole-Claude. 2013. L’anatomie politique. Donnemarie-Dontilly : Éd. iXe.

MARRY, Catherine. 2004. « Mixité scolaire : abondance des débats, pénurie des recherches » Travail, genre et sociétés, 11 : 189-194.

MOLINIER, Pascale, LAUGIER, Sandra et PAPERMAN, Patricia. 2009. Qu’est-ce que le care ?. Paris : Payot.

MOSCONI, Nicole. 2004. « Effets et limites de la mixité scolaire » Travail, genre et sociétés, 11 : 165-174.

NENGEH-MENSAH, Maria. 2005. Dialogues sur la troisième vague féministe. Montréal : Les Éditions du Remue-ménage.

NEVEU, Érik. 2012. « Gérer les coûts de la masculinité ? Inflations mythiques, enjeux pratiques », in Boys don’t cry ! Les coûts de la domination masculine, NEVEU, Erik, GUIONNET, Christine et DULONG, Delphine. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 111-140.

RAUCH, André. 2011. « Quelques pistes d’historien sur le masculin », in Masculinités : état des lieux, WELZER-LANG, Daniel et ZAOUCHE GAUDRON, Chantal. Toulouse : Éres, 55-68.

RICROH, Layla. 2012. « En 25 ans, moins de tâches domestiques pour les femmes, l’écart de situation avec les hommes se réduit », Dossier, INSEE. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1372773?sommaire=1372781

RUBIN, Gayle. 1998. « L’économie politique du sexe : transactions sur les femmes et systèmes de sexe/genre » Les cahiers du CEDREF, 7 : 3-81.

SIMON, Patrick et BOZON, Michel. 2002. « Révolution sexuelle ou individualisation de la sexualité ? » Mouvements, 20(2) : 15-22.

SULLEROT, Evelyne. 1996. La presse féminine. Paris : Armand Colin.

TABET, Paola. 1998. La construction sociale de l’inégalité des sexes. Paris : l’Harmattan.

THIERS-VIDAL, Léo. 2013. Rupture anarchiste et trahison proféministe. Lyon : Bambule.

TRONTO Joan. 2008. « Du care » Revue du MAUSS, 32 : 243-265.

WELZER-LANG, Daniel. 2009. Nous, les mecs. Paris : Payot.

WEST, Candace et ZIMMERMAN, Don. 1987. « Doing Gender » Gender and Society, 2(1) : 125-151.

1 Tout au long de cet article, « les femmes » sont entendues comme un groupe socialement constitué et non comme une catégorie biologique. À ce sujet voir les travaux des féministes matérialistes (Delphy 2013 ; Guillaumin 1992 ; Mathieu 2013 ; Tabet 1998). Il en va de même pour le groupe social des hommes.

2 Teresa de Lauretis, s’inspire ici du concept de « technologies du corps » forgé par Michel Foucault. Ces technologies du corps correspondent à un ensemble de pratiques sociales et discursives de production du soi ; dans cette perspective, les technologies du genre renvoient à tout ce qui intervient dans la construction ou la déconstruction du genre. Teresa de Lauretis s’intéresse particulièrement au cinéma.

3 Il faut souligner que cet ouvrage ne s’intéresse pas exclusivement à la presse féminine mais également aux blogs.

4 Voir notamment le dossier d’Acrimed consacré à la presse féminine (http://www.acrimed.org/+-Presse-feminine-+).

5 Cet article est issu d’un mémoire de première année de master pour le master Genre, Égalité et Politiques Sociales de l’Université de Toulouse, soutenu en juin 2013 et réalisé sous la direction de Julie Jarty, maitresse de conférence, qui est ici remerciée pour son aide dans la réalisation de ce qui fut un premier travail de recherche.

6 Par information au féminin, nous faisons référence aux articles portant sur la situation des femmes, en France et dans le monde, ainsi que sur les inégalités de genre. Il peut s’agir par exemple d’articles sur le manque de place en crèche, les mariages forcés, les inégalités salariales, ou encore de portraits de femmes politiques, activistes...

7 Distribution totale, chiffres 2016, fournis par l’alliance pour les chiffres de la presse et des médias, http://www.acpm.fr/Classement-personnalise/page/presse?section=0&departement=0&family=5&thematic=14&btn-filter-form=Valider consulté le 07 juillet 2017.

8 Tous articles confondus, nous avons recensé quinze psychologues, psychanalystes, psychothérapeutes, psychiatres ou conseillères conjugales/sexologues. Douze sociologues et historiennes, cinq philosophes, quatorze personnes issues du milieu associatif (féministe ou pas), politique et institutionnel (ministre, inspectrice du travail) ou juridique (avocates, défenseur des droits) et onze personnalités médiatiques et culturelles (auteur-e-s, réalisatrice, journalistes, blogueuses). Il faut savoir que certains de ces expertes et experts sont mobilisé-e-s de manière récurrente.

9 Comme en témoignent le nom des rubriques (« nos hommes » pour Biba et Marie-Claire, « Lui et moi » pour Femme Actuelle), le couple dont il est question dans la presse féminine est presque toujours hétérosexuel. L’hétérosexualité va de soi : dans les articles sélectionnés, il n’y a aucun témoignage de personnes homosexuelles et lorsque l’homosexualité féminine est évoquée c’est au titre d’exception ou comme une manière de réinventer son couple (Marie-Claire, février 2013, nº 726) ou comme une expérience piquante (Elle, 21 mars 2013, nº 3507). Elle est également envisagée comme un moyen de réparation après de multiples déceptions amoureuses (Femme Actuelle, 11 mars 2013, nº 1485).

10 Par travail ménager, on entend l’ensemble des tâches permettant la (re)production de la famille et de ses membres. Le concept de travail domestique, souvent employé comme synonyme de travail ménager ou tâches ménagères, renvoie à une relation de production, établie dans le cadre du mariage, dans laquelle le conjoint s’approprie une partie du travail réalisé gratuitement par sa conjointe (Delphy 2008). Nous préférons parler de travail ménager plutôt que de tâches ménagères pour mettre en évidence le fait qu’il s’agit bien d’un travail, même s’il n’est pas rémunéré et effectué dans le cadre privé.

11 Pour une étude détaillée des discours sur les psychologies « masculines » et « féminines » dans les ouvrages grand public destinés à faciliter la vie de couple, voir (Jonas 2011).

12 Irène Jonas fait un constat similaire à la lecture des ouvrages de psychologie grand public.

13 Il convient ici de noter que la diffusion d’une « grammaire paritaire » dans différentes sphères sociales entraine l’utilisation des termes de « parité » et « paritaire » comme synonymes d’égalité (Bereni et al. 2011).

14 Femme Actuelle, 16 décembre 2012, nº 1472, p. 54. La pertinence de l’interprétation qui a été faite des résultats de cette enquête est questionnée par ses auteurs. Thomas Hansen, co-auteur de l’étude, explique que le taux de divorce plus élevé que l’on trouve chez les couples « égalitaires » est sans doute plutôt à mettre en relation avec le profil de ces couples (dont le partage des tâches serait un élément). Au sein de ces couples où les femmes travaillent et sont indépendantes financièrement, elles peuvent divorcer plus facilement car la question financière n’est pas un obstacle comme dans d’autres couples où le partage des tâches est plus inégalitaire et où les femmes ne travaillant pas ou peu n’ont pas forcément la possibilité de divorcer. (source : http://www.lesnouvellesnews.fr/partage-des-taches-et-divorce-le-mauvais-titre-de-lafp/, consulté le 11 août 2017). En outre, d’autres enquêtes montrent le contraire : en 2010, des chercheurs de la London School of Economics ayant observé 3500 couples sont arrivés à des résultats opposés : plus la répartition du travail ménager était égalitaire, moins les couples divorçaient. (Source : http://www.lesnouvellesnews.fr/plus-ils-frottent-moins-elles-divorcent/, consulté le 11 août 2017)

15 Les entretiens qui forment la matière de cet ouvrage sont réalisés dans les années quatre-vingt-dix.

16 « Tout pour plaire… et toujours célibataire », Marie-Claire, Mars 2012, n° 716, p. 158.

17 Auteur de Les célibataires. Idées reçues, Le Cavalier bleu, collection "Idées reçues", 2006

18 « Au secours, les hommes ne draguent plus ! » Biba, Mars 2013, n° 397, p. 95

19 Pour une discussion autour de l’effet homogénéisant des « vagues » du féminisme, on peut se référer à Dialogues sur la troisième vague féministe (Nengeh-Mensah 2005).

20 « Au secours, les hommes ne draguent plus ! » Biba, Mars 2013, n° 397, p. 95

21 Voir par exemple « Les mères célibataires, catégorie précaire », publié dans Le Monde, cinq septembre 2013 (http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/09/05/les-meres-celibataires-categorie-precaire_3471759_3224.html). Sur la perception des mères célibataires par les acteurs du travail social, voir (Cardi 2007).

22 Journaliste américaine, auteur de l’essai The end of men. Voici venu le temps des femmes, paru en France en 2013 aux éditions Autrement.

23 « 20 idées pour mettre plus d’amour dans sa vie », Biba, Juin 2013, n° 400, p. 83

24 « Les hommes sont-ils les nouvelles Bridget Jones ? » Elle, 23 Novembre 2012, n° 3491, p. 118. Cet article reprend d’ailleurs certains arguments masculinistes, érigeant le célibat masculin au rang de problème social dû, entre autres, à l’indépendance financière des femmes qui les détourneraient du couple hétérosexuel.

25 Pour une recension critique et complète de ce livre, on peut lire Louis Braverman, « Rosin Hanna, The end of men. Voici venu le temps des femmes », Genre, sexualité & société (Braverman 2014).

26 http://www.inegalites.fr/spip.php?article1122, consulté le 10 août 2017.

27 http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=1969, consulté le 10 août 2017.

28 http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/parite/reperes-statistiques-47/, consulté le 11 août 2017.

29 http://www.iwpr.org/initiatives/pay-equity-and-discrimination, consulté le 10 août 2017.

30 http://www.brasil.gov.br/economia-e-emprego/2012/02/salario-das-mulheres-e-inferior-ao-dos-homens, consulté le 10 août 2017.

31 Le cadre de cet article ne nous permet pas de discuter plus en profondeur cela, mais dans cet ouvrage bell hooks met particulièrement en exergue les contradictions inhérentes aux représentations stéréotypées des familles Noires aux États-Unis. Elles sont notamment présentées comme matriarcales, la sexualité des femmes Noire étant supposée débridée ; pour autant, les hommes Noirs sont également perçus comme violents, et l’idée selon laquelle la violence conjugale serait plus prégnante parmi les Africains-Américains est bien ancrée.

32 Sur les représentations racistes des familles Noires pensées comme « matriarcales » du fait d’une supposée dévalorisation des hommes, on peut lire bell hooks (hooks, 2015).

33 « 20 idées pour mettre plus d’amour dans sa vie », Biba, Juin 2013, n° 400, p. 86

34 « La masculinité hégémonique peut être définie comme la configuration de la pratique de genre qui incarne la réponse acceptée à un moment donné au problème de la légitimité du patriarcat. En d’autres termes, la masculinité hégémonique est ce qui garantit (ou ce qui est censé garantir) la position dominante des hommes et la subordination des femmes. » (Connell 2014 : 74).

35 Il faut ici ajouter que la transformation de la masculinité hégémonique, par un jeu d’intégration de nouvelles formes de masculinités, consiste également en une stratégie pour maintenir sa domination, en s’adaptant aux changements sociétaux (norme égalitaire, plus grande tolérance envers les LGBT…). Nous renvoyons ici à Demetriou (2015).

36 Auteur de L’homme expliqué aux femmes (2012, éditions J’ai lu). S’il se présente comme pro-féministe, il reprend certaines thèses masculinistes, notamment lorsqu’il met les violences conjugales sur le compte d’hommes peu sûrs de leur virilité (voir une la vidéo où il expose le propos de son ouvrage : https://www.youtube.com/watch?v=SkzSyOIjeYo, consultée le 10 août 2017).

37 « Le retour du biscoteau », Marie-Claire, juin 2012, n° 719, p. 105

38 Ici il convient de rappeler que les matériaux empiriques datent de 2012-2013 ; la montée en visibilité des luttes féministes au cours des dernières années a pu modifier les représentations du féminisme par la presse féminine. N’ayant pas depuis réalisé de nouvelle étude de ces magazines, nous ne préférons pas nous avancer à ce sujet.

Biba, nº 724, novembre 2012, page 126, article « Pourquoi ils aiment les femmes qui réussissent »

Elle, nº 3490, 16 novembre 2012, page 195, article « Je gagne plus que lui, et alors ? »

« Tout pour plaire… et toujours célibataire », Marie-Claire, mars 2012, nº 716.

« Les hommes sont-ils finis ? » Elle, 8 mars 2013, n° 3506
Capture d’écran du site internet : http://www.elle.fr/Societe/Les-enquetes/Les-hommes-sont-ils-finis-2391376# page consultée le 13 février 2017

Auréline Cardoso

Université Toulouse II Jean Jaurès, CERTOP UMR 5044
Doctorante en sociologie

Articles du même auteur·e

Creative Commons : Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International