07 | 2019Varia

Structuré par les corps, l'écrit et le féminisme, ce numéro 7 incarne très bellement la ligne scientifique de la revue, et son projet d'articuler langage, genre et sexualités de manière critique. Les différentes contributions qui l'habitent explorent des dimensions toujours nouvelles, de la littérature queercore au toucher comme acte sémiotique en passant par le tumulte grammatico-politique, l'immondice verbale, le tirage de cartes, les limites algorithmiques de la sexualité,  ou encore la puissance performative de l'institution académique dans la répartition de ses sujets. Mais ce numéro incarne également une avancée dans la ligne éditoriale de la revue, puisqu'il constitue le premier geste d'une nouvelle collaboration entre GLAD! et le groupe de recherche FÉLiCiTÉ — Féminismes En Ligne : Circulations, Traductions, Éditions (LabEx COMOD ; laboratoire Triangle [UMR 5206]). Cette collaboration se matérialise dans ce numéro avec la traduction du texte de Sara Ahmed, « Le langage de la diversité », par Noémie Grunenwald, traductrice membre de FÉLiCiTÉ. Et c’est FÉLiCiTÉ qui par son soutien financier l’a rendue possible. La collaboration se poursuivra avec le numéro 8, qui sera consacré au rapport entre traduction et féminisme et qui sera co-édité par FÉLiCiTÉ et GLAD!, ainsi que par la création d’un comité de traduction.

Ce numéro place donc au cœur les corps. Ce sont les corps kinésiques, les corps tactiles qui sont au centre de l’article de Luca Greco, dans lequel iel explore la relation entre sens, langage et expression, à travers le toucher. Kevin Lambert (se) plonge dans les corps torturés jusqu’à la mort avec son analyse du roman Le Fol Marbre, de l’auteur queercore Dennis Cooper. Il y discute la co-construction discursive de la monstruosité, du genre et de la sexualité. Corps encore, avec le travail artistique d’Élodie Grethen  « straight nose, queer mouth  » qui crée des leurres technologiques afin de critiquer l’algorithmisation des sexualités entrainée par ce qu’on appelle « intelligence » artificielle.

Une autre notion, tout aussi récente que critique, résonne dans les articles de Borba et Carvalho (traduit par Clara Domingues) et de Pérez, Barasc et Giraudo et c’est celle d’androphonocratie, définie comme un système essentialiste de domination qui articule la prééminence du masculin et celle du phonique. Alors que Pérez, Barasc et Giraudo opposent un tumulte graphique joyeux à la police grammaticale, Borba et Carvalho se concentrent sur les turbulences sociales et politiques créées par des interventions sémiotiques féministes, dans le cadre scolaire. Ces interventions perturbent les conventions linguistiques, et donc, toute la vie quotidienne de l’école.
Enfin, innervant ce numéro comme les précédents, le féminisme est au cœur de l’article de Sara Ahmed, traduit par Noémie Grunenwald, dans lequel elle se penche sur le rapport qu’entretient l’institution académique avec la notion de diversité et comment les travailleur.es de la diversité peuvent déployer des stratégies émancipatrices dans un contexte de maintien hégémonique des choses. Féminisme toujours, dans l’entretien d’Ophélie Naessens et Johanna Rocard, qui, à partir d’un tirage de cartes déploient une discussion sur le féminisme, l’art et les pratiques divinatoires.
Et au côté de la chronique de Daniel Elmiger sur « Les genres décrits », toujours des comptes rendus de thèse et d’ouvrages.

Nous espérons que vous aurez autant de plaisir à le lire que nous en avons eu à le publier.

 

This #7 issue launches the collaboration between GLAD! and the research group FÉLiCiTÉ: Online Feminism: Circulations, Translations, Publications (LabEx COMOD ; laboratoire Triangle (UMR 5206)). This collaboration takes shape in this issue with the translation of Sara Ahmed's paper "The Language of Diversity", by Noemie Grunenwald, translator and member of FÉLiCiTÉ. This translation would not have been possible without the financial support of FÉLiCiTÉ. The collaboration will be further developed through our next issue, #8, which will be dedicated to translation and feminism and co-edited by GLAD! and FÉLiCiTÉ, and by the creation of a Translation Board.
In this #7 issue, Bodies are at the core of this varia issue, with kinesic body and tactile body under scrutiny in the work of Luca Greco. S.he explores the connection between meaning, language and expression through the sense of touch. Kevin Lambert dives into tortured bodies, by analysing The Marbled Swarm, by queercore author Dennis Cooper. He discusses the discursive co-construction of monstruousness, gender and sexuality. Bodies again, with the work of the artist Elodie Grethen,
straight nose, queer mouth, who critically deploys a lure of so-called IA facial recognition technology to denounce the algoritmisation of sexualities.
Interestingly, Borba and Carvalho's paper (translated by Clara Domingues) and
Pérez, Barasc and Giraudo's paper both use the recent and critical notion of phonocracy and androphonocracy, as an essentialist system of articulated domination of both masculinity and  orality. While Pérez, Barasc and Giraudo oppose a joyful graphical tumult to the grammatical police, Borba and Carvalho focus on the social and political turbulences triggered by feminist semiotic interventions in schools, which disturb linguistic conventions and, therefore, everyday life at school.
Last, innervating this issue as the previous ones, feminism is also at stake with the paper of Sara Ahmed, translated by Noemie Grunenwald, to investigate how academic institutions rely on the notion of diversity to maintain the hegemony, while diversity workers negotiate strategies. Feminism also, in the reading of cards by Ophélie Naessens and Johanna Rocard, who connect feminism, art and tarot in an original interview.
Along with Daniel Elmiger's chronicle "Describing Gender", come also book reviews and PhD review.